Taking Off de Milos Forman
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Milos Forman est un grand mélomane. Entre son adaptation de Hair et celle d’Amadeus, il a su mettre en scène tout à la fois les syndromes d’une génération américaine en pleine révolution et peindre le portrait de divers artistes tels que Larry Flint, Andy Kaufman et plus récemment Goya. Après plusieurs films tournés dans son pays d’origine, la Tchécoslovaquie, il émigre aux Etats-Unis peu de temps après le Printemps de Prague et réalise son premier film en langue anglaise, Taking Off, que l’on pourrait traduire par La Fugue ou La Fuite.
Film surprenant et entraînant, il est à dissocier des autres films américains contestataires des années 70 qui se content alors par dizaines. Malgré son titre évocateur, l’intérêt du réalisateur n’est pas de suivre le parcours de la jeune Lynn à travers les rues de New York mais de s’intéresser à ses parents : cette ancienne génération embourgeoisée et prisonnière du cocon familial qu’elle a créé ; un cocon douillet mais revêtant un mal-être évident.
Petit bourgeois alcoolique et dépressif
Il est pour cela fascinant de constater à quel point les réalisateurs étrangers ont autant été fascinés par la culture américaine. Tandis que Antonioni, avec Zabriskie Point, scrute d’un regard européen les années flower powers, d’autres cinéastes contemporains tel Ang Lee avec Hôtel Woodstock n’en finissent pas de s’inspirer de cette période pour décrire la culture américaine. Taking Off est un doux mélange entre Vol au-dessus d’un nid de coucou et la comédie musicale Hair. D’un côté se trouve la musique libératrice évoquant l’épanouissement personnel et de l’autre l’enfermement psychologique d’êtres innocents prisonniers d’un système cloisonné.
Le film de Milos Forman offre des moments anthologiques à l’image de cette séquence hallucinante où des bourgeois découvrent les effets de la Marijuana sous le conseil d’un jeune junky génialement interprété par l’acteur fétiche de Forman Vincent Schiavelli. En offrant le rôle du père à l’acteur Buck Henry (aussi scénariste du Lauréat de Mike Nichols et de la série Max, la Menace), il a trouvé en lui les caractéristiques idéales qui correspondent au petit bourgeois alcoolique et dépressif cherchant une solution à sa triste vie. Comme l’affirme une autre mère dont la fille a aussi fugué, il suffit que les enfants s’éloignent et se mettent en danger pour que les parents se retrouvent et découvrent de nouvelles expériences. Milos Forman et son coscénariste Jean-Claude Carrière l’avaient très tôt compris et nous en délivrent une vision exemplaire.
A travers le lot des ressorties d’été, ne manquez pas la reprise d’Elle et lui de Leo McCarey ainsi qu’Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone avant de (re)voir La Terrasse d’Ettore Scola.
Edouard Brane
Lire aussi sur Artistik Rezo, Séduite et abandonnée de Pietro Germi.
Taking Off
Réalisé par Milos Forman
Avec Lynn Carlin, Buck Henry, Paul Benedict.
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Sortie le 14 mai 1971
Nouvelle copiele 14 juillet 2010
Le Champo
51 Rue des Ecoles
75005 Paris
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