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    La Crème de la Crème – un film de Kim Chapiron

    31 mars 2014
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    La Crème de la Crème

    De Kim Chapiron

    Avec Alice Isaaz, Thomas Blumenthal, Jean-Baptiste Lafarge et Karim Ait M’Hand

    Durée : 90 min.

    Sortie le 2 avril 2014

    Sortie le 2 avril 2014

    Réalisateur provoc de Sheitan et Dog Pound, Kim Chapiron nous conte cette fois l’histoire dérangeante de trois étudiants, représentants d’une jeunesse apparemment dorée, décidant de monter un réseau de prostitution en guise de réponse à l’errance affective de leur milieu pourri d’argent. Un film intelligent dans sa façon de contourner les écueils en détournant le propos initial et de laisser le spectateur maître de son interprétation, où resplendit la jeune Alice Isaaz.

    C’est la rentrée d’une prestigieuse école de commerce parisienne. Dans l’amphithéâtre, le doyen galvanise solennellement ses nouvelles recrues : « Vous êtes l’élite, la crème de la crème ». Kellyah observe ce monde étrange avec fascination et distanciation : elle est AD « admise sur dossier », issue de milieu modeste, projetée dans le sérail à force de combattivité tout en sachant qu’elle n’y appartient pas ; crevant d’envie de bouffer le monde entier. Au cours d’une soirée d’intégration, elle fait la connaissance de deux étudiants qui lui apprennent bien vite les règles du jeu : pour régner sur l’école, il faut susciter l’admiration. Or, pour cette génération en perte de repères affectifs, élevée à Youporn et à Chatroulette, le summum de la coolitude, c’est le sexe. Pour se faire un nom dans l’école, Kellyah, Dan et Louis ont alors une idée lumineuse ; sous couvert de « Club des Amateurs de Cigares », ils vont créer un réseau de prostitution afin de faire grimper l’aura sexuelle de leurs camarades et donc leur cote dans le marché dérégulé cynique de l’école, tout en s’en mettant plein les poches. Mais ce qui leur apparaît au début comme un simple exercice d’application ludique va peut-être leur coûter bien plus que ce qu’ils imaginaient au départ…

    lcdlc02Ce n’est pas un mystère : Kim Chapiron aime être là où on ne l’attend pas. Déjà avec son premier film, Sheitan et le collectif Kourtrajmé, il avait fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma en proposant un film d’horreur trash et speedé. Bien qu’il sorte du registre « film de genre » pour cette troisième réalisation sur grand écran, Kim Chapiron s’attelle encore une fois à un sujet polémique, brossant le portrait d’une jeunesse borderline, ancrée dans une réalité sociale très tendue. Pourtant, le vrai sujet du film n’est pas vraiment la prostitution en milieu étudiant, ni la prostitution tout court. L’aspect le plus frappant de ce film, c’est finalement l’absence de repères qui caractérise la vie de ces jeunes prêts à tout pour réussir ; que ces repères soient amoureux ou moraux. Seule importe la volonté de s’élever, dans une société où on nous répète que tout est à vendre.

    L’intelligence de Kim Chapiron est alors de ne pas chercher à juger, mais bien plutôt à scruter la psyché de ses personnages pour les laisser trouver leurs propres motivations ; et ainsi de ne pas donner aux spectateurs d’explication toute faite. Le film est alors assez profondément dérangeant, parce qu’il ne tranche pas entre le cynisme et la morale. Il ne fait pas plus l’apologie de la prostitution qu’il ne la condamne. Mais il décrit un système de castes sociales dominées par l’argent dont personne ne semble pouvoir s’échapper. Eulalie, l’une des jeunes prostituées, l’accepte sans en être dupe. Kellyah, elle, tente de le subvertir. On pourra alors reprocher à Kim Chapiron de céder à la tentation de brasser quelques clichés, mais au fond, il en joue davantage qu’il ne les subit, et les subvertit également. lcdlc10

    Bien moins que le film provoc que la bande-annonce racoleuse laisse présager, La crème de la crème est en réalité un conte de fée contemporain déguisé en teen-movie trash où affleure l’idée d’une innocence corrompue par le consumérisme. Que l’on soit réceptif à cette vision à la fois tendre et désabusée de la génération Y, le film de Kim Chapiron ne laissera probablement pas indifférent. Une chose est toutefois indéniable ; Alice Isaaz, qui porte le personnage trouble et contradictoire de Kellyah par la seule force d’un regard intense, crève l’écran.

    Raphaëlle Chargois

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=1lJPuP28YTs[/embedyt]

    [ Crédits Photos : ©Wild Bunch Distribution, 2014 ]

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