« Persécution » de Patrice Chéreau
De persécuteur…
C’est sur une paire de gifles aussi surprenante qu’effrayante que débute Persécution, laissant présager un film sous haute tension. Dès les premières minutes, le réalisateur laisse s’immiscer la violence, leitmotiv de ce long métrage, incarnée ici en la personne de Daniel. Daniel l’empathique, Daniel l’égoïste, Daniel le mal aimé… Le héros, toujours sur la défensive, est dans l’affrontement permanent : avec Sonia, la femme qu’il aime, avec Michel, son meilleur ami ou encore avec cet homme, qui le poursuit, le persécute. Violence des actes, violence des mots, Daniel est à fleur de peau. Admirablement interprété par Romain Duris que l’on commence à connaître dans ce rôle d’écorché vif (De battre mon coeur s’est arrêté, Dans Paris), le personnage de Daniel donne le tempo au film. Calqué sur les humeurs du héros, le rythme s’avère soutenu au moment de ses accès de colère, lent voire creux quand Daniel s’apaise. Le résultat, totalement dénué de douceur, se révèle inégal et saccadé. On a parfois du mal à justifier toute cette brutalité, rendant le processus d’identification quasi impossible.
… à persécuté
Tout est affaire d’obsession : Daniel par Sonia, Michel par Daniel, le « fou » par Daniel… La Persécution dont parle le film parait multiple. Pourtant, il s’agit bien ici de l’obsession du « je », celle de Daniel qui, en mal d’amour, attend de la vie et de sa femme plus de reconnaissance. Un besoin constant d’être regardé, écouté, comme si sa vie en dépendait. C’est ce désaxé – Jean-Hugues Anglade, brillant dans son rôle de « fou » – qui va rappeler à Daniel qui il est, lui apprendre à se détacher des autres pour mieux se voir grandir, mûrir. Un but puissamment atteint lors de cette scène dans la cuisine ; la caméra qui se rapproche pour mieux capter les émotions de l’être filmé, laisse entrevoir au spectateur cette (re)naissance. Le persécuteur est en réalité sa conscience, fragile et furtive, qui doit lui réapprendre à vivre, à aimer : « Tu m’aimeras, c’est pas possible autrement », lui avait-il dit un peu plus tôt. On regrette que le film ne s’attarde pas davantage sur ce rapport que peut entretenir un homme avec lui-même.
Emporté par la grâce de Romain Duris et la subtilité des rôles secondaires (Jean-Hugues Anglade, Charlotte Gainsbourg et Gilles Cohen), Persécution doit tout à ses acteurs. Mais l’intrigue, faussement rythmée, privilégie un peu trop la relation de Daniel et Sonia. Pourtant, vaste sujet que celui d’un homme et sa conscience, qui aurait pu faire l’objet d’un film à part entière.
Mathilde Degorce
Sortie le 9 décembre
Réalisé par Patrice Chéreau
Avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean-Hugues Anglade, Gilles Cohen, Alex Descas, Michel Duchaussoy, Tsilla Chelton, Hiam Abbas, Yannick Soulier, Mika Tard
Durée : 1h40
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