Rencontrer mon père : un film d’Alassane Diago sur les dessous de l’émigration
Suite à une sécheresse au Sénégal dans les années 70-80, le père d’Alassane Diago a dû émigrer au Gabon pour subvenir aux besoins de sa famille. Il ne reviendra pas. Plus de vingt ans d’absence et de questionnements ont poussé le jeune Alassane devenu adulte à partir en quête de réponses, à la rencontre de son père.
Une démarche émancipatrice
Rencontrer mon Père est l’aboutissement d’une vie de questions pour Alassane Diago. Accompagné de sa caméra, il va entreprendre le voyage au Gabon, depuis le Sénégal, à la rencontre de son père dont il n’a de souvenirs qu’en photos : « Je voulais savoir pourquoi ce départ, qui était une idée noble à la base, s’est transformé en abandon. »
Dans une démarche documentaire, le réalisateur va filmer ses conversations avec sa famille, au Sénégal et au Gabon, sur l’absence de son père et les raisons de son prolongement. « Son départ, initialement, n’était pas un abandon ; c’est avec le temps que son absence s’est transformée en abandon. Et, au pays, les familles continuent de vivre dans l’espoir de retrouver leur mari, leur fils ».
Un film intime sur l’émigration
Déterminant, le temps s’installe entre les interlocuteurs. En quête de réponses depuis vingt ans, Alassane en a, du temps. Derrière sa caméra, il est en équilibre entre la position du fils et celle du réalisateur, qui filme son propre père, sa mère, ses frères et sœurs. Il laisse poétiquement s’installer le silence, les regards, les petits gestes, qui représentent autant de réponses apportées à ses questions.
Un cinéma qui dérange
Alassane Diago est bien conscient que le cinéma est une arme. Après des études de philosophie, il se consacre au cinéma et réalise plusieurs courts-métrages et un premier long-métrage, les Larmes de l’Immigration, primé dans plusieurs festivals. Dans ses films, le réalisateur prend des positions jugées transgressives par sa société et la génération de ses parents : « Ils ne sont pas conscients des enjeux philosophiques et humains de mes prises de position », témoigne-t-il.
Entre l’incompréhension du fils face à l’abandon de son père, et l’incompréhension du père face à la démarche de son fils, Alassane Diago nous fait partager une rencontre aussi intime qu’universelle, à la croisée des générations.
Léna Wattez
Articles liés

“Les Silences de Riyad” : un thriller de la réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour au cinéma le 5 août
Dans le désert saoudien, le corps d’une adolescente est retrouvé, sans qu’elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l’affaire est rapidement classée. Mais à Riyad, Nawal, une jeune employée du commissariat, refuse de lâcher ce dossier....

“Maldoror” : Julien Gosselin investit la Cour d’Honneur avec une création magistrale
En ouverture du 80° Festival d’Avignon, le metteur en scène et directeur du Théâtre de l’Odéon Julien Gosselin présente dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes une création de plus de cinq heures, brassant le geste poétique audacieux...

Portrait(s), Rendez-vous photographique de Vichy 2026 est à découvrir jusqu’au 4 octobre
Du 19 juin au 4 octobre 2026, Portrait(s) présente et célèbre quatre décennies de création de David LaChapelle avec une exposition monographique rassemblant œuvres emblématiques et inédites à découvrir au Grand Établissement thermal de Vichy. Sur l’esplanade du lac...







