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    Shia LaBeouf, pétage de plomb ou œuvre d’art ?

    19 février 2014
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    Shia LaBeouf

     

    Février 2014

    Acteur hollywoodien propret, Shia LaBeouf amorce depuis quelques temps un revirement de carrière inattendu et assez mystérieux, chacune des étapes de ses étranges élucubrations ressemblant à un gigantesque happening.

    Autodestruction, coup de pub mal dosé ou fulgurance artistique imprévisible ? Le mystère LaBeouf reste entier.

    Et déjà, mais qui est donc Shia Labeouf ? Jeune acteur (27 ans) qui s’est fait connaître du grand public grâce à sa participation dans la trilogie Transformers de Michael Bay. Cet enfant acteur traîne traine ses guêtres à la télévision et au cinéma depuis ses 12 ans. Récemment, il a engagé un tournant dans sa carrière en tournant avec les réalisateurs Lars Von Trier (dans le dyptique Nymphomaniac), John Hillcoat, Robert Redford ou encore Steven Spielberg (le fils d’Indiana Jones, c’était lui). Une belle carrière s’annonce pour cet acteur prometteur. 

    En décembre dernier, c’est le drame. L’acteur-réalisateur présente un court métrage, HowardCantour.com, qui est en réalité un plagiat du travail de l’illustrateur Daniel Clowes. L’acteur s’excuse sur son compte twitter (145 000 abonnés quand même). Puis il y assène des phrases comme « I AM NOT FAMOUS ANYMORE » (je ne suis plus quelqu’un de connu). Tout le monde pense à un petit coup de fatigue avant le 9 février dernier. 

    Alors qu’il est présent au festival du film de Berlin pour la présentation de la version director’s cut de Nymphomaniac, Shia LaBeouf trouve le moyen de faire parler de lui dans tous les médias. Pendant une séance d’interview où toute l’équipe du film est présente, l’acteur prend le micro et cite un long passage d’une conférence de presse incompréhensible d’Éric Cantona datant de 1995 : « When the seagulls follows the trawler, it’s because they thinks sardines will be thrown into the sea. Thank you very much » (« Quand les mouettes suivent le chalutier c’est qu’elles pensent que des sardines vont être jetées dans la mer. Merci beaucoup »).Il reprend jusqu’à la gestuelle du footballeur, boit une gorgée d’eau et s’éclipse de la salle devant un parterre de journalistes interloqués. 

    Le soir même, il se rend sur le tapis rouge, smoking et sac en papier sur la tête. Il y a percé des trous pour les yeux et il y est écrit « I AM NOT FAMOUS ANYMORE », cette même phrase que son compte twitter scande chaque jour du 20 janvier au 9 février. Après cette sortie pour le moins étonnante, la dernière phrase partagée par l’acteur est « #IAMSORRY ». C’est derrière ce mot clé que se cache une des dernières « performances » de l’acteur, où jusqu’au 16 février dernier il était possible de le rencontrer (avec son sac en papier sur la tête) dans un studio d’art de l’ouest Hollywood. L’acteur y est resté muet, parfois en pleurs, devant un public venu en nombre pour l’insulter ou le réconforter. 

    Mais ses « expériences » ne s’arrêtent pas là, puisqu’il s’est aussi exprimé en vidéo lors d’un cours devant des étudiants du London College of Fashion. Une intervention imprévue au cours de laquelle il a lu un extrait de La société du spectacle du philosophe français Guy Debord pendant 20 longues minutes. 

    Si au premier abord, on pouvait penser l’acteur en train de nous offrir un exemple de dépression nerveuse très créative, il apparaît de plus en plus évident que LaBeouf nous propose son plagiat (puisque c’est sa spécialité assumée) du travail de l’acteur Joaquin Phoenix pour le film I’m still here. Celui-ci avait en effet erré sur les tapis rouges et dans les évènements pendant des mois en affirmant qu’il laissait tomber une carrière d’acteur pourtant brillante afin de devenir rappeur. Ses sorties avaient créé le malaise et la curiosité, avant que la vérité ne soit percée à jour : tout ça n’était prétexte qu’à la réalisation d’un vrai-faux documentaire, par ailleurs brillant, réalisé par Casey Affleck.

    Shia LaBeouf est tout à fait en droit de profiter de sa célébrité pour expérimenter artistiquement et philosophiquement. Malheureusement, et à supposer qu’il y ait bien du sens derrière tout cela, ses mots ne pourraient toucher le public qu’à condition d’aller toujours plus loin. Une course folle dans laquelle l’acteur semble s’être empêtré et à cause de laquelle il pourrait bien perdre quelques plumes. 

    Lucile Bellan 

    [Visuel : Shia Labeouf à l’avant-première de Nymphomaniac lors de la Berlinale 2014. DR.] 

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