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    Stanley Kubrick à la Cinémathèque française

    26 mars 2011
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    Expostion_Kubrick

    Dès l’entrée, au 7e étage du bâtiment signé Frank Gehry, il est question de modernité ; la musique immédiatement identifiable de 2001, l’Odyssée de l’espace s’infiltre d’emblée, comme en écho à l’architecture environnante, tapissant tous les coins et dédales à venir de l’exposition. Il fait sombre, et pourtant chaque image, chaque maquette, chaque matériau (plans de tournage, scénarios annotés, croquis, télégrammes, pièces de décors, costumes, appareils photo…) scintille, happant le regard, ravivant les souvenirs troubles que l’on garde irrémédiablement de son œuvre visionnaire. Tels des monolithes fascinants, au fond, parce qu’eux-mêmes toujours un peu impénétrables…

    Chronologique

    Une phrase, placée en exergue de cette traversée peu ordinaire, sur deux étages et près de 1’000 m2, achève de convaincre le visiteur qu’il n’est plus tout à fait sur la même planète : « La meilleure formation en matière de film est d’en faire un ». Et un peu plus loin, encore : « J’éprouve une faiblesse particulière pour les criminels et les artistes ». Bienvenue dans le monde à part de Stanley Kubrick, l’un des géants du 7e art, auquel la Cinémathèque, à Paris, rend hommage jusqu’au 31 juillet ! Certes, cette expo n’a pas été initiée par l’institution française, mais par le Deutsches Filmmuseum de Francfort (en collaboration étroite avec Christiane Kubrick, l’épouse du cinéaste, Jan Harlan, son producteur exécutif, et the Stanley Kubrick Archive à Londres). Une conception extérieure qui, après avoir circulé à Berlin, Zürich, Gand, Rome et Melbourne, donne à voir l’un des univers les plus vastes et mystérieux du cinéma… sous forme de narration chronologique.

    Stanley Kubrick sur le tournage de 2001Difficile, sans doute, d’approcher autrement un tel jaillissement… Même si, parfois, l’on se dit que cette démarche un rien scolaire, traditionnelle en tout cas, n’est pas forcément raccord avec l’impression d’expérience intégrale que distillent les 13 longs métrages de Kubrick. Cet Américain intranquille, né le 26 juillet 1928 à New-York et décédé en 1999 à Londres, à l’aube d’un XXIe siècle dont il fut l’un des précurseurs, se laisse difficilement dompter. Reste que la pièce consacrée, par exemple, aux Sentiers de la gloire (1957), avec les articles de presse de l’époque (le film fut interdit en salle jusqu’en 1975 en France) ou celles de 2001 (1968) et d’Orange mécanique (1971), nimbées de Pop art, de prouesses techniques, d’extraits impressionnants, de reconstitutions plastiques et… de polémiques, sont passionnantes. Plus faible, en revanche, est la petite niche dédiée à Barry Lyndon (1975). Peu d’archives. Mais, même là, les explications sur l’utilisation de l’objectif Zeiss, plus rapide que les autres, donc mieux adapté pour capter des scènes éclairées à la seule lueur des bougies, intriguent. Et renseignent sur l’ambition artistique de l’étonnant Monsieur K.

    La preuve par trois

    Des toutes premières photos du très jeune (18 ans) Stanley Kubrick pour le magazine Look, dans les années 40, aux projets inaboutis (Napoléon, dont il a étudié la vie pendant des années, et dont, finalement, le projet pourtant très avancé a échoué en 1969, ou encore Aryan papers, sur les camps de concentration, auquel il mit un terme lorsqu’il devint évident que La liste de Schindler sortirait en salle avant) : voilà au moins, de toute façon, deux raisons réjouissantes pour s’en aller flâner du côté de Bercy. La troisième étant, évidemment, de s’immerger à nouveau dans cette filmographie tissée de désir, de cruauté, d’étrangeté, de violence et de profondeurs insoupçonnées.

    La Cinémathèque propose d’accompagner cette exposition par une rétrospective intégrale de l’œuvre du maître, ceci jusqu’au 25 mai. Voir, « pour de vrai », au 7e étage, la machine à écrire de l’écrivain-gardien d’hôtel de Shining, avec ses feuillets où ne figure qu’une seule phrase, répétée à l’encan… puis la retrouver sur grand écran, au 1er, sous le regard halluciné de Jack Nicholson, voilà qui peut, à l’occasion, révéler la part obscure de chacun. Et faire sourire, là où il est, cet éternel démiurge nommé Stanley Kubrick.

    Ariane Allard

    Stanley Kubrick

    Jusqu’au 31 juillet 2011
    Semaine (fermeture le mardi) : de 12h à 19h
    Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
    WE, jours fériés (sauf le 1er mai = fermé ) : de 10h à 20h
    Vacances scolaires (du 9 au 25 avril et du 2 au 31 juillet) : de 10h à 20h

    Tarif : 10€ (8€ tarif réduit)
    Visite guidée tous les samedis et dimanches à 11h : 11€

    Cinémathèque française
    51, rue de Bercy
    75012 Paris
    M°Bercy

    www.cinematheque.fr

    A lire sur Artistik Rezo :
    les meilleures expositions cet été à Paris

    [Visuels : Cinémathèque française // Stanley Kubrick sur le tournage de 2001, L’Odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey, GB/USA 1965-68) © The Stanley Kubrick Archive]

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