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    The Young Lady : la revanche de l’ingénue

    14 avril 2017
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    The Young Lady

    De William Oldroyd

    Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, Naomi Ackie

    Durée : 89 min.

    Sortie le 12 avril 2017

    Sortie le 12 avril 2017

    Entre récit d’émancipation et thriller psychologique en costumes, un superbe objet filmique à l’approche matiériste, péchant toutefois par sa lenteur maladroite.

    Une jeune femme mal mariée à un homme qui la dédaigne, s’ennuie dans son vaste domaine perdu dans la lande anglaise. Jusqu’au jour où s’offre la possibilité de tromper à la fois l’ennui et son odieux mari en la personne du nouveau palefrenier, un jeune homme qui lui plaît pour son impertinence. Cette passion charnelle devient peu à peu obsessionnelle, exutoire physique à l’oppression sociale dont est victime la jeune Lady Lester, emprisonnée dans l’espace domestique, surveillée par le prêtre du village, objet des commérages de la maisonnée. Du grain de la voilette de mariage, premier élément à apparaître sur l’écran, à celui de la peau nue de la jeune mariée, exposée au regard d’un mari méprisant ; des reflets du taffetas de sa robe jusqu’au crissement du corset qu’on lui serre trop, la mise en scène très picturale de William Oldroyd souligne la lourdeur des conventions qui empesantissent le quotidien de la jeune fille. On pense alors assister à un récit d’émancipation.

    Mais tout bascule lorsque le beau-père de la jeune femme revient au foyer avec la ferme intention d’y mettre bon ordre. Croyant pouvoir à nouveau soumettre sa bru, il sépare 356552.jpg-r 1920 1080-f jpg-q x-xxyxxles amants et fait enfermer le palefrenier après l’avoir battu jusqu’à le laisser en piteux état. C’en est trop. Un plat de champignons plus tard, Lady Lester, plus si ingénue que ça, se débarrasse, ni vue ni connue, du beau-père importun, pour pouvoir à nouveau batifoler en toute liberté avec le domestique dont elle se dit amoureuse.

    C’est là son premier crime. Ce ne sera pas le dernier. Pourtant, on pourrait encore le croire accidentel. Quelle étrange idée, cependant, que cette référence à Lady MacBeth qui caractérise le film dans sa version originale au point d’en faire le titre ? C’est d’abord l’idée d’un romancier, m’objectera-t-on. En l’occurrence, Nikolaï Leskov, l’auteur de La Lady MacBeth du district de Mtsenk, le livre dont The Young Lady est l’adaptation. 479814.jpg-r 1920 1080-f jpg-q x-xxyxxÉtrange, parce que Lady Lester, la glaçante anti-héroïne de ce premier film de William Oldroyd, fait d’abord davantage penser à une Emma Bovary ou à une Lady Chatterley qu’à la complexe reine de la tragédie fantastique de Shakespeare, MacBeth. Chez Shakespeare, Lady MacBeth n’est pas cette froide instigatrice du crime que se révèle peu à peu être la jeune Lady Lester, dont les scrupules semblent de moins en moins existants au fur et à mesure que le film avance. Lady MacBeth est une complice qui se laisse gagner par la folie meurtrière de son époux au point d’en devenir totalement folle et d’en mourir. Disparition qui donne d’ailleurs lieu à l’un des plus fameux monologues du théâtre élisabéthain (« Demain, puis demain, puis demain, glisse à petits pas de jour en jour jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps, et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous le chemin de la mort poudreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau ! La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite son heure durant sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien… »)

    Lady Lester, elle, n’est pas folle. Elle n’est ni complice, ni victime d’une prophétie susurrée par trois sorcières, ni ne voit la forêt se dresser contre elle. Elle est seulement 351708.jpg-r 1920 1080-f jpg-q x-xxyxxprête à tout pour briser les carcans qui l’oppriment. Il y a donc là un décalage entre ce que le film nous dit de son héroïne et le référentiel dans lequel il se place.

    En outre, bien que servie par une magnifique lumière, des images composées comme les tableaux d’un grand maître, une approche matiériste de l’image, qui fait ressentir au spectateur le moindre frémissement de tissu, l’odeur des feuillages qui tapissent le sol de la forêt, le poids des robes, jusqu’à la chute de grains de poussière dans un rai de lumière, la mise 357177.jpg-r 1920 1080-f jpg-q x-xxyxxen scène pâtit d’un rythme très lent, où s’installe un certain ennui. Peut-être à dessein, d’ailleurs, car la lenteur du récit ne donne que plus de force à la violence du dénouement. Celle-ci peine malgré tout à masquer la vacuité dans laquelle risque de sombrer toute la première partie du film.

    Le film tient alors en équilibre sur un fil ténu, porté par la force de ses superbes images et l’interprétation subtile de ses actrices, notamment Florence Pugh, bien sûr, dans le rôle-titre, mais surtout Naomi Ackie, agneau sacrificiel de ce cruel thriller en costumes, qui réussit à transmettre de terribles et très fortes émotions par son seul regard éploré.

    Raphaëlle Chargois

    Bande annonce

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    [Crédits Photo : 2016, ©KMBO, excepté photo n°3, ©Betta Pictures.]

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