L’ascension d’Arturo Ui : une descente chez les gangsters du fascisme
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La résistible ascension d’Arturo Ui De Bertolt Brecht, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd Mise en scène de Katharina Talbach Avec Thierry Hancisse, Eric génovèse, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot et Julien Frison En alternance à 14h30 ou 20h30 Tarifs : de 6 à 42 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 44 58 15 15 Durée : 2h15 Comédie Française, Salle Richelieu |
Jusqu’au 30 juin 2017
Katharina Thalbach, fille de la comédienne Sabine Talbach et du metteur en scène Beno Besson, monte l’une des pièces les plus puissantes de Bertolt Brecht à la Comédie Française. Dans une esthétique de foire et de grand-guignol, Laurent Stocker et les comédiens jouent la partie de poker-menteur d’Adolf Hitler chez les maffieux de Chicago. Eblouissant. Une pièce écrite en exil
C’est en 1941, en trois semaines, alors qu’il était en exil en Finlande, après avoir fui l’Allemagne et avant de s’installer en Californie, que le dramaturge Bertolt Brecht écrivit cette pièce, dont il avait eu l’idée dès 1935. Charlie Chaplin avait réalisé « le Dictateur » un an avant. Mais il faudra attendre dix années après la guerre, en 1955, pour voir la pièce montée. Brecht y campe la pègre des gangsters maffieux de Chicago pris dans la tourmente de la crise économique des années 1930, au sein des producteurs de choux-fleurs. Pots de vins, manipulations, corruption et violence généralisée sont les moyens de terroriser la population et de faire pression sur le vieux maire de la ville, Hindsborough, poussé à bout par des cadeaux empoisonnés jusqu’à ce qu’il cède de l’argent et les pleins pouvoirs aux maffieux. Dans ce récit américanisé où triomphent les gangsters aux flingues d’acier, genre Al Capone, on retrouve aisément les héros de l’Allemagne de l’époque : Hindsborough, c’est le Président Hindenbourg, contraint par Hitler à capituler en 1933; Arturo Ui, le héros, Adolf Hitler; Ernesto Roma, c’est Röhm, le chef des SA, sacrifié par Hitler; Manuele Gori, c’est le criminel Göring; et Giuseppe Gobbola le cynique Goebbels. Au fil de tableaux pédagogiques qui rappellent les principaux épisodes nazis, l’Incendie du Reichstag, la Nuit des longs couteaux, le faux procès du militant communiste Marinus van der Lubbe, la farce noire déploie ses fantômes grotesques avec un éclat de rire jaune qui aujourd’hui, comme hier, nous fait froid dans le dos. Il sont tous formidables et grimaçants, les acteurs de la Comédie française, sous leurs maquillages outranciers. Pris entre les mailles de la gigantesque toile d’arraignée qui les enserre sur le plateau incliné à 40%, ils doivent s’entraîner sportivement comme vocalement avant d’entrer en scène. Des trappes omniprésentes, à la vitesse de l’éclair, ils surgissent et virevoltent, sales gosses qui ne jouent que le réel de l’Histoire sur l’écume de leur rire. Laurent Stocker, éblouissant Arturo Ui, entre Charlie Chaplin dans « Le Dictateur » et Richard III, se dandinant vulgairement le postérieur ou levant la jambe comme une marionnette, compose une figure d’Hitler spectaculaire et terrible de ridicule et de vérité. Thierry Hancisse, grand escogriffe athlétique foudroie dans le rôle de Roma, Eric Genovèse (Roma), Michel Vuillermoz (Le Comédien), Jérémy Lopez (Gobbola), Bruno Raffaelli (Hindsborough), ainsi que tous les autres, nous entraînent avec maestria dans le tourbillon d’une manipulation tous azimuts. Brio et spectacle, vulgarité et narcissisme, la fascination est celle de bêtes de foire qui remportent des suffrages, au théâtre comme en politique. Le glissement est ténu. Et nous laisse bouche bée. Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Christophe Raynaud de Lage, coll.Comédie Française ] |
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Une pièce écrite en exil
Parabole à peine déguisée
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