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Tim Burton à la Cinémathèque – expo et interview

6 mars 2012
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Tim Burton - cinematheque

« J’aime les personnages extrêmes, qui n’ont pas conscience de leur étrangeté. » Cette assertion, aussi définitive que limpide de Tim Burton, résume assez bien sa personnalité – intrépide et paisible à la fois – et l’exposition – d’une belle richesse et d’une grande simplicité – que la Cinémathèque française lui consacre jusqu’au 5 août, après le MoMa à New-York, puis Melbourne, Toronto et Los Angeles. Une douce complexité, en somme, qu’un vernissage et une interview in situ, le 5 mars dernier, ont joliment corroborée. Une rencontre comme un cadeau, l’homme étant à la mesure de sa création : merveilleusement décalé.

Images…

L’expo, d’abord. Des polaroïds géants découvrant une sarabande de poupées étranges et d’yeux sans têtes, un mini carrousel baigné de lumière noire, une petite musique aussi douce qu’inquiétante : étonnant corridor ! Dès la première salle, à la façon d’une passerelle entre notre monde et le sien – alternatif à tout point de vue – le regard est sollicité, tout comme la part d’enfance que chacun, au fond, n’a jamais complètement lâchée.

D’une grande clarté en termes de scénographie et de déroulé — chronologie et pédagogie sont ses crédos – d’une belle richesse en termes de pièces et d’objets — notamment une foultitude de dessins, parfois très anciens, datant d’avant l’éclosion de sa carrière de cinéaste – cette promenade dans l’univers artistique de Tim Burton s’apparente à la fois à une plongée et à une illumination. Puisqu’il s’agit bien, de fait, d’un univers parallèle et cohérent, certes peuplé de monstres et de marginaux attachants, mais d’une rare sensibilité, et, en passant, d’un humour pas nécessairement macabre (pas seulement).

Le plus touchant tout au long de cette traversée du miroir, qui rebondit de mots sésames (« Enfants », « Femmes », « Clowns ») en périodes créatrices (« L’Enfance de l’art », « L’Ecurie Disney », « Le Cinéma »…), c’est de découvrir combien les traits stylistiques de ce grand artiste, entre gothique et Pop art (pour faire court), étaient déjà affirmés dès ses années de lycée, dans la banlieue ensoleillée et morose de Burbank qu’il a si souvent évoquée. Créatures — Frankenstein, bien sûr — influences — Vincent Price, Ed Wood, Ray Harryhausen — et passion pour le cinéma bis irriguent ses élans juvéniles, tout comme ils ne cessent de hanter, encore aujourd’hui, toutes ses propositions (à découvrir, les images du Frankenweenie dans sa version courte de 1984, comme dans sa version longue de 2012).


… et paroles

Après « l’effort », le réconfort ! Tout content d’être célébré à Paris – l’autre pays du cinéma, en quelque sorte… – Tim Burton a eu la bonne idée de quitter Londres – où il vit en famille désormais – pour rejoindre Bercy le temps d’une séance de dédicaces (prise d’assaut dimanche 4 mars), puis d’une conférence de presse également très fréquentée le lundi 5, avant une Master-class affichant complet, elle, depuis… des semaines ! C’est dire si, outre ses images, sa parole est d’or en la patrie des frères Lumière !

De fait, tout de noir vêtu, les cheveux en broussaille savamment non coiffés, ce faux punk et vrai quinqua délicieux a gentiment pris le temps de commenter son itinéraire de cinéaste gâté, une fois le vernissage achevé. Rebondissant lui aussi de mots-clés en étapes fécondes… Très raccord, décidément, avec cette expo-hommage !

La Cinémathèque ? « C’est un endroit tellement incroyable, probablement l’un de mes préférés. Je m’y sens tout à fait à l’aise et puis, j’aime beaucoup tout ce qui est fait, ici, pour les enfants. »

L’exposition ? « La première fois que je l’ai vue, à New-York, j’étais terrifié, car il s’agissait aussi de montrer des choses personnelles, des projets… Et puis, de là où je viens, à Burbank, il n’y a pas vraiment la culture du musée ! On n’y va jamais ! Je remercie les commissaires de cette exposition, car d’une certaine façon, en retraçant mon parcours, et en retrouvant tous ces dessins de jeunesse, ils ont montré à quel point j’étais une personne organisée (rires) ! ».

Le cinéma bis ? « C’est ce qui m’a formé, à une époque où les gens me regardaient comme un monstre, moi aussi ! Les personnages très émotionnels qui traversent ces films m’ont beaucoup aidé. »

Le dessin ? « Je ne sais pas très bien parler, disons que je ne suis pas un homme du Verbe. Le dessin a donc été ma forme de communication et m’a permis d’explorer mon subconscient. Car je ne procède pas de façon intellectuelle mais émotionnelle. C’est seulement un peu plus tard, lorsque je suis devenu un cinéaste et un metteur en scène que j’ai dû apprendre à parler aux gens (rire) ».

Un âge requis pour regarder ses films ? « Je crois que les enfants sont les meilleurs juges. Mes parents m’ont dit que je regardais déjà des films d’horreur lorsque j’avais 3 ans ! Et ma fille elle-même, lorsqu’elle a eu 3 ans, a adoré regarder ‘Alice’ ! ». Le « final cut » du director ? « Je crois en effet avoir le ‘final cut’ sur tous mes films. Mais je dois dire qu’en dépit du succès de certains d’entre eux, dès le début, par exemple, avec ‘Beetle juice’ et ‘Batman’, eh bien chaque film a été et reste une lutte ! ».

Son préféré dans toute sa filmographie ? « Si l’on part du principe que les films sont comme des enfants, c’est un peu délicat d’en choisir un ! Peut-être… Quand même… ‘Edward aux mains d’argent’… Mais c’est difficile pour moi de répondre car, en fait, je ne les regarde jamais ! ».

Son choix de vivre à Londres ? « Il est vrai qu’au départ, ma ville, c’est Los Angeles. Mais Hollywood est un endroit bizarre. Par exemple, j’aime marcher dans la rue. Or, à Los Angeles, vous ne pouvez pas vous promener à pied sans être rapidement interpellé par la police : ‘Hello, que faites-vous monsieur ? ‘ (rires). En fait, c’est seulement lorsque je me suis installé dans un pays étranger que je me suis senti enfin chez moi ! »… Confirmation à Paris : you are very welcome, mister Burton !

Ariane Allard

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Exposition Tim Burton

Du 7 mars au 5 août 2012
Lundi, mercredi à vendredi de 12h à 19h
Week-end, jours fériés et vacances scolaires (14 au 29 avril et 4 juillet au 5 août) de 10h à 20h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Fermeture le mardi et le 1er mai

Plein tarif : 11€ // Tarif réduit : 8€50 // Moins de 18 ans : 5€50
Forfait expo + musée : 13€
Réservation billet et coupe file : www.cinematheque.fr

A voir aussi : une rétrospective intégrale et une carte blanche Tim Burton du 7 mars au 23 mai, ainsi qu’un cycle de conférences (mars/avril) et une programmation Jeune public.

Cinémathèque française
51, rue de Bercy
75012 Paris
M° Bercy

www.cinematheque.fr

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