Vie sauvage : Mathieu Kassovitz entre nature et désir d’utopie
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Vie sauvage De Cédric Kahn Avec Mathieu Kassovitz, Céline Sallette, David Gastou, Sofiane Neveu, Romain Depret et Jules Ritmanic Durée : 1h46 |
Le film de Cédric Kahn est d’autant plus troublant qu’il s’inspire d’un fait réel. L’enlèvement, par Xavier Fortin, de ses deux fils, Shahi Yena et Okwari. Pendant onze ans, ils ont vécu en exil, loin des villes et loin d’une mère en quête d’indépendance. La grande force du film est alors de ne pas chercher à prendre parti. La mère est absente du film parce que ce sont les enfants qui nous racontent leur histoire. Ainsi, le père, “Paco”, est-il perçu tantôt comme un héros, tantôt comme un tyran. Le trio, en revanche, est une bande d’aventuriers. Les gamins s’émerveillent de cette “vie sauvage” mais, paradoxalement, ils rêvent d’intégration, recherchent un substitut à l’affection maternelle qu’ils ont fui.
La plus lancinante de toutes reste toutefois celle du parti pris, qui n’est pas offert au spectateur. C’est donc à lui de donner tort ou raison à la mère ou au père. Un conflit insoluble. Car s’il est impossible de ne pas condamner le rapt des enfants, il “L’homme est condamné à être libre”, écrivait Jean-Paul Sartre. Dans cette Vie sauvage, la condamnation prend la forme d’une âpre fuite en avant. Elle nous rappelle également opportunément la force d’interprétation dont est capable Mathieu Kassovitz, désormais rare sur les écrans. Et qui porte ce personnage ambigu à bout de regard, dans un corps à la fois frêle et tendu, dans les silences et les paradoxes d’un homme prêt à tout sacrifier pour son rêve. Raphaëlle Chargois [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=64Bvkak64iE[/embedyt] [Tous crédits photos : Carole Bethuel, 2014 © Carole Bethuel] |
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Et c’est alors que le récit de cette “vie sauvage” devient passionnant. Car père et fils en exil deviennent peu à peu les prisonniers de cet idéal libertaire. Pour continuer à vivre leur exil rustique, ils sont contraints de mentir. Et le mensonge se dresse comme un obstacle face à toutes leurs aspirations de bonheur. Il s’immisce dans les histoires d’amour et les déchire. Il se glisse au cœur même du lien familial. La crise d’adolescence vient se greffer sur les rancœurs de cette cavale perpétuelle. Les fils blâment leur père. Le père se sent trahi. Et au loin, la détresse de la mère ressurgit…
Le film hante le spectateur bien au-delà de la projection car il le questionne sur ses valeurs, sur ses aspirations. Que faire lorsque l’idéal se fait oppresseur ? Faut-il vivre une utopie, quitte à ce qu’elle vous détruise ? Qui a choisi ce parcours de vie en dehors de toute norme ? “Tu peux me dire ce qu’on choisit quand on a 7 et 8 ans ?”, lance Tsali à son frère Okyesa. La question restera en suspens. Comme beaucoup d’autres.
est également difficile de ne pas comprendre que chacun des deux parents veut simplement le meilleur pour sa progéniture. Mais à partir du moment où l’idéal se fracture, leurs définitions du “meilleur” deviennent trop antagonistes pour être conciliées. Alors, quel choix reste-t-il pour chacun des protagonistes ?



