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    Ariane à Naxos – Opéra Bastille

    12 décembre 2010
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    Pour remercier Max Reinhardt d’avoir sauvé la création du Chevalier à la rose, Hofmannsthal et Strauss envisagent dès 1911 de concevoir un spectacle hybride, destiné à mettre en valeur toute la palette des talents du metteur en scène, au théâtre comme à l’opéra. L’idée de jouer la comédie ballet du Bourgeois gentilhomme de Molière et un opéra séria est finalement abandonnée devant l’insuccès de la représentation en 1912. C’est seulement en 1916 que l’opéra dans sa version actuelle triomphe à Vienne, et sera toujours maintenue au répertoire.

    Une action dramatique en deux temps…

    Le prologue : dans la riche demeure d’un comte, à l’occasion d’une réception, chanteurs et acteurs arrivent et se préparent pour la représentation d’un opéra séria, et d’une pantomime comique. Puis un acte d’opéra proprement dit, reprenant un sujet mythologique tiré d’Ovide – abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos, après l’avoir aidé à vaincre le Minotaure et à sortir du labyrinthe construit par Dédale, Ariane est découverte par le dieu Bacchus qui vient d’échapper aux ensorcellements de Circé la magicienne. Sur cette trame s’immisce la pantomime de Zerbinetta et de ses compagnons italiens, issus directement de la Commedia dell’arte.

    4055_2010-11-NAXOS-065La mise en scène et les costumes de Laurent Pelly jouent avec beaucoup d’humour du principe d’opposition : les chanteurs arrivent dans une limousine blanche sous la neige dans le prologue, mais c’est en sortant d’un bus rouge et blanc de vacances que les comédiens italiens en tenue de plage découvrent Ariane toute vêtue de noir, à Naxos, échue. Cette même neige tombera à nouveau dans le tableau final, véritable assomption d’Ariane, signe d’un bouleversement d’ordre divin.

    Opposition de couleurs et de mouvement lié au genre, le comique et le tragique, la joie, et l’ennui : Zerbinetta, très désinvolte, dans ses postures alanguies, portant une perruque rouge, une veste à plumes, ressemble à une « poule » (dans le prologue), et davantage à une sirène dans l’acte, que ses compagnons bouffons cherchent à embrasser. Ils  virevoltent, sautillent, apparaissent, disparaissent : c’est dynamique et farfelu. En revanche, la grande diva, ayant besoin d’être rassurée, est assise, et prend des poses dans le prologue. On aperçoit aussi Bacchus, ridicule en peignoir, qui rappelle celui de Ménélas dans la Belle Hélène au Théâtre du Châtelet, également mis en scène par Laurent Pelly. Et dans ce monde agité dû aux préparatifs de la fête, le maître de musique, Martin Gantner, excellent baryton, ménage la susceptibilité de chacun. 

    4047_2010-11-NAXOS-031Magnificence et puissance

     

    Le prologue très léger fonctionne à merveille : la soprano Sophie Koch en compositeur a été ovationnée à plusieurs reprises. Éblouissante, elle reprend ce rôle avec maturité et lui donne l’élan de la jeunesse, vivacité, fraîcheur, très à l’aise dans l’interprétation de ce jeune artiste timide et emporté.


    Le chant magnifique des trois nymphes apporte une douceur divine dans l’opéra. Toujours unies, les chanteuses lyriques évoluent avec grâce et sérénité sur scène. La mise en scène de Laurent Pelly a pour fil directeur le théâtre dans le théâtre et les quatre comédiens s’amusent à propulser sur scène un des leurs avec pertinence : il faut bien faire du spectacle, tandis qu’Ariane, en haut d’un échafaudage de béton, gémit en silence sur elle-même, et tâcher de la ramener à la vie. C’est alors que Jane Archibald triomphe en Zerbinetta, femme frivole. De virtuosité en virtuosité, la mise en scène donne du sens à cette succession de difficultés. C’est un véritable feu d’artifices !  La soprano reste un joli pinson difficile à saisir pour ses compagnons, prêts à tout.


    4059_2010-11-NAXOS-100Enfin, le tableau final transcende cette légèreté et cette souffrance. Ricarda Merbeth, soprano wagnérienne que l’on avait vue dans la Walkyrie en Sieglinde, irradie par la magnificence et la puissance de sa voix. Son être entier se déploie et s’ouvre pour renaître à l’amour avec force et sensibilité. Tout son corps tressaille et se métamorphose. Moins apprécié, Stephan Vinke, porte néanmoins avec majesté le rôle divin de Bacchus.

    Plus adapté au prologue, Strauss réussit la prouesse de faire sonner dans l’acte, cet orchestre de 35 musiciens comme un grand orchestre symphonique. Très applaudi par les musiciens de l’orchestre, Philippe Jordan est venu saluer le public.

    Marie Torrès



    Ariane à Naxos

    Opéra en un acte avec prologue (1916)
    Musique de Richard Strauss (1864-1949)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    En langue allemande

    Philippe Jordan Direction musicale
    Laurent Pelly Mise en scène et costumes
    Chantal Thomas Décors
    Joël Adam Lumières
    Agathe Melinand Dramaturgie et collaboration à la mise en scène

    Franz Mazura Der Haushofmeister

    Martin Gantner Ein Musiklehrer

    Sophie Koch Der Komponist

    Stefan Vinke Der Tenor (Bacchus)

    Xavier Mas Ein Tanzmeister

    Jane Archibald Zerbinetta

    Ricarda Merbeth Primadonna (Ariadne)


    Orchestre de l’Opéra national de Paris

    Du 11 au 30 décembre 2010
    Informations et réservations : 08 92 89 90 90 (0,337€ la minute)

    Aux guichets : au Palais Garnier et à l’Opéra Bastille tous les jours de 10h30 à 18h30 sauf dimanche et jours fériés

    Tarifs : 140€ 115€ 90€ 75€ 55€ 35€ 20€ 15€ 5€


    Opéra Bastille
    Place de la Bastille
    Métro Bastille


    www.operadeparis.fr

     

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