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Charley Crockett : “De la country de qualité, ça parle à tout le monde”

© Liza Renee

Welcome To Hard Times, comme une prédiction de l’année 2020. Rencontre avec Charley Crockett à l’occasion de la sortie de son huitième album. Ce texan célèbre autant l’héritage country américain par des reprises légendaires que par des compositions originales, cela depuis de longues années et à travers le monde. Comme il le dit si bien, quoi de mieux que de “transformer les chagrins en rimes” ?

“J’écoute Charley avec ma grand-mère, mes enfants et tous mes amis. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’applaudir et de chanter.” Ce commentaire YouTube est un bon exemple de la façon dont les gens se rassemblent autour de ta musique, c’est l’objectif ?

En tant qu’artiste de rue, j’ai appris à jouer différents styles de musiques américaines dans les rues de la Louisiane, du Texas, de New York et partout ailleurs ! Je fais de la musique pour les jeunes, les personnes âgées, les gens qui aiment le rock ou le classique et j’espère qu’ils pourront tous se retrouver dedans. À plusieurs reprises, des parents et leurs enfants sont venus à mes concerts. À la fin, ils venaient me remercier en me disant : “Écoutez, votre musique c’est bien la seule chose sur laquelle on tombe tous d’accord”. 

Tu as commencé la musique en jouant dans la rue, en Amérique et en Europe. Comment es-tu arrivé jusqu’ici ?

Je jouais avec un groupe dans le métro de New York, “Les Voleurs de Trains” (ndlr: ce nom a été inspiré du western The Train Robbers). On a été découvert par un grand label. J’ai signé un contrat d’enregistrement à New York mais cet accord idyllique n’a pas si bien fonctionné. C’était une combinaison de différentes choses, notre projet artistique avait été complètement modifié et je n’étais à l’époque pas prêt à franchir cette étape dans ma carrière. J’ai continué à jouer dans la rue et j’ai eu quelques soucis avec la justice. J’ai réalisé que deux choix s’offraient à moi : rester dans la rue et faire quelques séjours en prison ou me consacrer entièrement à la musique pour en vivre. Je me souviens avoir rencontré ce musicien sur Metropolitan Avenue à Brooklyn, qui m’a dit que je devais vendre des CDs si je voulais gagner de l’argent. Je vivais avec une autre artiste dans un appartement du Bronx, elle avait un ordinateur portable et j’ai commencé à enregistrer mes chansons et les graver sur CDs. C’est à ce moment-là, quand j’ai commencé à produire mon premier album, à jouer dans des bars au Texas, que le monde de la musique de Nashville m’a vraiment remarqué.

Tu as dit un jour : “Toute ma carrière consiste à transformer mes obstacles en victoires”. À quel genre de difficultés as-tu été confronté en tant qu’artiste ?

Mon combat c’est d’avoir une liberté artistique. J’ai pu le faire en étant musicien itinérant. Ce qui m’a permis de garder la main sur mon projet artistique, c’est de prendre en charge le business autour de ma musique : me commercialiser, m’enregistrer, avoir mon propre label, Son Of Davy en partenariat avec une société de distribution, Thirty Tigers. Soit vous appartenez à une entreprise, soit vous décidez d’être libre, c’est le seul moyen en Amérique.

© Liza Renee

Tu as fait de nombreuses reprises : That’s How I Got To Memphis, The Race Is On, The Party’s Over… Est-il important pour toi d’honorer les légendes de la musique country?

Oui, bien sûr ! C’était les meilleurs compositeurs et ils étaient extrêmement dévoués à leur art à l’époque. Je le sais parce que ce sont des morceaux difficiles à interpréter, sinon tout le monde le ferait. Je pense que cela en dit long sur la société et où nous en sommes aujourd’hui. À l’époque, vous chantiez les meilleures chansons. De nos jours, il y a tellement d’ego, tout le monde essaie d’écrire des chansons originales. Ce qui est ironique, c’est que ces gens écrivent des chansons sans connaître les créateurs de la soul, du R’n’B et de la musique country. Je suis peut-être naïf, on me dit puriste.

 Une chanson qui a changé ta façon de jouer de la musique ?

Drivin’ Nails in My Coffin, d’Ernest Tubb.

Welcome To Hard Times porte le même nom qu’un western des années 60, pourquoi ?

Je suis amateur de vieux films et en regardant celui-ci, j’ai écrit le titre, qui m’est resté longtemps en tête. C’est l’histoire de ce méchant, incontrôlable, qui est arrivé en ville et terrorise le shérif et les habitants, qui ne peuvent rien faire pour l’arrêter. C’est surréaliste à quel point cet homme devient invincible alors qu’il pourrait facilement être abattu. J’apprécie l’humour sombre de ce film. 2020 a été une année mouvementée qui m’a beaucoup rappelé ce western (Rires). Le temps forge vraiment l’artiste.

Tu as enregistré cet album avec le producteur Mark Neill, comment décrirais-tu son type de production musicale ?

C’est le plus grand producteur vivant au monde en ce qui concerne la musique américaine traditionnelle. Je le sais parce que je les ai tous rencontrés. Pendant plusieurs années, j’ai entendu son nom. Il était cet homme mystérieux dont les gens parlaient. J’ai découvert qu’il avait travaillé avec mon producteur de l’époque, Billy Horton. C’était un peu comme un fantôme pour moi, et puis il y a quelques années, il m’a contacté et m’a dit qu’il voulait travailler sur mon prochain album. Nous avons discuté et il parlait mon langage. Je suis d’ailleurs en Géorgie en ce moment, où se trouve son studio, pour commencer à travailler sur mon prochain album !

As-tu des projets à venir dont tu peux nous parler ?

Oui, un hommage à un musicien texan, James Hand, qui a été une véritable inspiration pour moi. C’était l’un de mes amis et il est décédé en juin dernier. Je lui avais promis d’enregistrer l’un de ses morceaux qui sera bientôt dévoilé au public. De plus, je crois que nous venons en France l’année prochaine. Pour l’instant, les dates de tournée sont prévues pour juin et septembre, certainement à Paris. Paris est ma ville préférée pour jouer en Europe, je trouve que les gens sont plus tolérants envers les artistes de rue et sont sensibles à la musique que je produis.

Plus d’informations sur le compte Instagram de Charley Crockett.

Propos recueillis par Philippine Labrousse

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