Festival de l’Orangerie de Sceaux
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Ce superbe vaisseau, Alfred Loewenguth l’a investi il y a 41 ans. Le festival qui a vu le jour est devenu une des références absolues en musique de chambre et piano. Et les dirigeants d’aujourd’hui – Jacqueline Loewenguth en tête – inscrivent dans leur programme une citation de Léon-Paul Farge : « La musique est un des rares liens que nous ayons avec l’éternité. »
Le Quatuor Loewenguth a beaucoup fait rêver. Fondé en 1929, il a disparu en 1983. Il fallait une formation aussi prodigieuse pour ouvrir ce 41e Festival. Ce fut le Quatuor Via Nova, cru 68, mais aussi jeune, aussi entreprenant qu’à la création et avec des sonorités rondes, chaleureuses et une osmose complète des quatre membres, bien résolus, ce samedi 10 juillet, à nous « plonger dans le cœur de trois génies », selon Jean Mouillière, premier violon.
Le premier coup d’archet fut pour Félix Mendelssohn et son quatuor n. 6 en fa mineur. C’est un véritable requiem à la mémoire de sa sœur Fanny à qui d’ailleurs il ne survivra pas. Jamais ce musicien aimable ne s’était lancé dans des effets aussi pathétiques avec ses trémolos traduisant l’angoisse et la course à l’abîme du dernier mouvement.
Beethoven arrivait en deuxième position avec son dernier quatuor, le seizième, posthume. Là aussi un drame : la mort de son neveu Karl, qu’il a sans doute mal aimé, mais comment peut-on aimer quand on est un génie ? La vie l’emporte ici sur le désespoir avec des trouvailles dignes de Schönberg. En début, ce dessin rampant que Romain Rolland appelle le sphinx, et, dans l’ultime mouvement, l’inquiétude crispée sur la phrase: « Muss es sein? », Le faut-il ? et, en réponse « Es muss sein », Il le faut. Un charme bohémien à la Dvorak écarte de justesse les nuages noirs : cette joie est une joie tragique.
Dernier génie : Robert Schumann, et non point celui qui sombrera dans la folie. Ici, tout est diurne, tout est solaire, tout est rond. Le 3e Quatuor, opus 41 en la majeur est synonyme de bonheur. La coda, qui clôt les quatre mouvements, rayonne et éclate dans un enjouement surnaturel.
Voilà pour l’envoi, mais le final de ce 41e Festival – 10,11 et 12 septembre – semble aussi prestigieux puisqu’il réserve au public Mark Padmore, ténor, accompagné de Christian Zacharias, dans La Belle Meunière de Schubert ; les frères Capuçon, violon et violoncelle et notre meilleur altiste Gérard Caussé ; Felicity Lott, soprano, en dialogue avec la harpe (Isabelle Moretti).
Au cours de ces deux mois, la musique se goûtera sous toutes ses formes avec de tous jeunes talents ou des formations étonnantes comme ce samedi 17 juillet, 17h30 : clarinette (Romain Guyot), violoncelle (Xavier Philips) et piano (Emmanuel Strosser). Outre Beethoven et Schumann une femme compositeur du XIXe siècle : Louise Farrenc. Le lendemain, 18 juillet, carte blanche à Romain Descharmes avec du Ravel, la 5e sonate de Scriabine et le diabolique opus 9 de Schumann : Carnaval.
Pierre Bréant
Festival de l’Orangerie de Sceaux
Jusqu’au 12 septembre 2010
Informations : 01.46.60.07.79 ou contact@festival-orangerie.fr
Orangerie du domaine de Sceaux
92333 Sceaux
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