L’Etranger d’après Albert Camus à L’Espace Marais
Se confondant avec l’Existentialisme très en vogue, c’était la victoire de l’homme qui pour la première fois osait repenser sa manière de vivre, loin des poncifs et de l’hypocrisie. Et cette recherche de la vérité tournait à l’absurde, se résumant aux mots de l’auteur dans la préface de l’édition américaine : « Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. »
La scène avec son praticable ressemble à un plateau de cinéma. Pas de décors. Sissia Buggy a misé sur le jeu des comédiens. Leurs gestes. Et ce texte qui émeut dès la première réplique, alors que Meursault est face au juge d’instruction. Meursault, c’est Joseph Morana, qui ressemble plus à un pied-noir que pouvait l’être Albert Camus en personne ou Marcello Mastroianni dans le film de Visconti. Son regard est sombre et en même temps lointain. Son visage madré et les cheveux un peu frisés comme un Espagnol ou un Maltais.
Les dialogues pétaradent et, devant nous, l’Algérie reprend couleur avec ses coups de soleil, ses ombres et cette chaleur intolérable. La plage réapparait avec sa source d’eau fraîche et ses corps tentateurs. Marie, la femme que le héros – ou l’anti-héros – a rencontré peu après l’enterrement de sa mère, n’est pas visible, mais elle est très présente par les détails avec ses petits seins fermes qui pointent sous le corsage.
Outre Meursault, campé par Joseph Morana, deux autres acteurs qui endossent plusieurs rôles : Dominique Valsérot, un peu figé comme le personnage qui sort d’un album, et Philippe Houillez, tout en nuances et en crescendos. Dans son rôle de magistrat, il y a du Porphyre de Crimes et châtiments qui arrive à tout faire avouer et des magistrats du Procès de Kafka sombrant dans l’absurde.
Car finalement l’homme qui joue sa tête ici est beaucoup plus condamné parce qu’il n’a pas joué le jeu de la société. Une société qui exige l’authenticité de tout être humain. Authenticité et responsabilité, il va sans dire.
Morana encore une fois, et pris souvent dans une lumière zénithale qui l’envahit tout entier, est parfait. Car non seulement il est cet Etranger, mais aussi son auteur. Il nous donne rendez-vous à l’automne – toujours en compagnie Sissia Buggy – pour un Camus et moi où il se livrera encore plus.
Pierre Bréant
L’Etranger d’après Albert Camus
Jusqu’au 1er août 2010
Informations : 01 48 04 91 55
Théâtre Espace-Marais
22 rue Beautreillis
75004 Paris
Métro Saint-Paul
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