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    Gainsbourg 2008 la critique

    10 février 2009
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    gainsbourg

    Le Musée de la musique consacre une exposition à Serge Gainsbourg (1928-1991) à l’heure où sa popularité prend une envergure internationale. Tandis qu’à Londres et à New York, la pop contemporaine découvre les talents de poète et de mélodiste du « French artist », Tokyo connaît une véritable « gainsbourgmania », mixant et samplant ses compositions.

     

    Tour à tour peintre, écrivain, poète, auteur, interprète, compositeur, acteur, réalisateur, Serge Gainsbourg fut un artiste qui, sa vie durant, a utilisé l’image sous toutes ses formes et la sienne en particulier, donnant à voir un univers
    esthétique qui abolit les frontières entre « arts majeurs » et « arts mineurs ».
    L’exposition met en valeur les différents aspects de cette oeuvre protéiforme, dont la particularité est d’avoir été pendant quarante ans, à l’instar de celle de David
    Bowie en Angleterre ou de Bob Dylan aux États-Unis, un catalyseur des époques. Gainsbourg a toujours été en avance sur son temps : son écriture, ses compositions, ses collaborations, ses orientations esthétiques et même la conduite de sa vie privée ont bien souvent précédé et influencé l’évolution des moeurs et celle des mouvements artistiques et culturels.

     

    La critique

    Des colonnes d’écrans se dressent telles des gratte-ciels dans l’obscurité de la salle : tour à tour ces écrans s’animent, et dévoilent Barbara expliquant son admiration pour Gainsbourg, Brigitte Bardot dans un twist endiablé ou encore Jane Birkin à 20 ans, femme-enfant fraîche et innocente…Ces colonnes de lumière et de son ponctuent le parcours du visiteur dans la vie de l’artiste, divisée en 4 périodes. La période bleue, de 1958 à 65, correspond aux années d’apprentissage, où Gainsbourg exprime le spleen et la mélancolie liée à son statut d’ « artiste maudit » à ses débuts.
    Puis vient la période de la reconnaissance dans les années 60-70 : Gainsbourg devient un auteur « tubesque » en composant des chansons pour les stars de l’époque, comme « Poupée de cire, poupée de son » pour France Gall. Gainsbourg compose aussi pour Brigitte Bardot, avec qui il entretient une liaison, avant de rencontrer Jane Birkin au cours du tournage du film « Slogan » : il y incarne un personnage irritant, secret et cynique, tandis que Jane représente une sorte de muse idéale, et respire l’émotion et la fragilité.
    Le début de la troisième période de sa vie, « la décadanse », est marquée par le scandale provoqué par « Je t’aime moi non plus », qui ouvre une période d’intense création, sur les thèmes de l’amour, du meurtre passionnel et de la perversion. C’est une période noire, où le raffinement des mélodies et la poésie des textes offrent un nouveau champ de références esthétiques.
    Enfin, la période « Ecce Homo » démarre également avec un coup d’éclat en 79 : La Marseillaise revisitée version reggae crée un véritable scandale et la chanson « aux armes et caetera » est interprétée comme une provocation iconoclaste. L’exposition propose au public de découvrir les partitions et notes torturées de Gainsbourg sur du papier jauni, des textes indélébiles qui évoquent pour toutes les générations le génie créatif de cet homme très souvent perçu comme cynique et froid, et pourtant capable de produire des textes sublimes. Environné par les voix de Catherine Deneuve, Jane Birkin, Isabelle Adjani, Alain Chamfort, Juliette Greco ou encore Françoise Hardy qui évoquent Gainsbourg, le visiteur s’émerveille devant la diversité des styles de musique et de textes qui évoluent tout au long de sa vie. Tantôt poétiques, noires, provocantes, émouvantes ou amusantes, ses créations éclectiques expliquent sans doute pourquoi 20 ans après sa disparition, Lucien Ginzburg, alias Serge Gainsbourg, continue de susciter l’admiration de tous.
    Personnage mystérieux au train de vie sulfureux, torturé et provocateur, mais aussi doté d’une sensibilité exacerbée et d’un génie artistique indéniable, Gainsbourg ne laissait personne indifférent. L’exposition de la cité de la musique rend un magnifique hommage au poète, écrivain, peintre, auteur-interprète, compositeur, acteur et réalisateur, entré dans la légende.
    Audrey Laroque

     

     

    Jusqu’au 21 mars 2009

    Du mardi au jeudi de 12h à 18h
    Vendredi et samedi de 12h à 22h
    Dimanche de 10h à 18h
    Ouverture exceptionnelle jusqu’à 20h le 21 février, soir de concert.

    Entrée de l’exposition : 8 euros
    Pour les moins de 18 ans et les personnes handicapées : 4 euros

    Réservation 01 44 84 44 84

     

    Cité de la Musique

    221, avenue Jean-Jaurès

    75019 Paris
    Métro porte de Pantin

     

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