Gréco chante Brel
Inhabituelle, cette pochette d’album chez Gréco. D’ordinaire, les beaux yeux de la muse germanopratine y accrochent le chaland, le happent et l’invitent comme sa voix à la généreuse rondeur. Nous la retrouvons pour ce nouvel opus le regard en gros plan presque servilement baissé, la légendaire frange masquant le jais de ses longs cils. Humilité ? Déférence ? Respect ? Gréco, infatigablement, aura jeté autant de ponts que de chansons entre les poètes, ses poètes et son public qui rajeunit d’année en année comme l’ont prouvé les récents récitals à guichets fermés qu’elle a offerts au Châtelet… Les ponts, fil rouge de son précédent album, ça se traverse et c’est beau… Elle emprunte aujourd’hui pour douze titres celui qui nous mène à Brel.
Ces gens-là, Les vieux, J’arrive, Le Tango funèbre, La Chanson des vieux amants, Ne me quitte pas, Le Prochain amour. Plus de la moitié de ce nouvel album résonne des mots déchirants de la séparation, de l’adieu, de la vieillesse ou de la mort. Ou du passé avec ce titre moins connu, J’aimais.
C’est pourtant la vie, la vitalité qui gagnent à tous les coups au fil de cette écoute. La voix, toujours intacte et volontaire livre comme une lutte avec les micro tragédies humaines dont Brel n’a jamais eu son pareil pour capter l’inacceptable prégnance. Toujours aussi chaude, toujours aussi ronde, toujours aussi généreuse. Entre chant et scansion, avec cette intonation comme autant de claques lancées aux élégiaques amours malheureuses, aux irréparables déchéances, aux irrémédiables fins de tout, Gréco affiche avant tout et surtout sa faim de tout.
Cette formidable fontaine de jouvence qui inonde les plages de ce disque à la fulgurante beauté est l’œuvre aussi d’une équipe de musiciens, ces artisans de l’ombre qu’on cite à la va-vite comme pour ne pas ternir la lumière qui irradie l’interprète. Ils sont jusqu’à quinze pour certains titres (Fils de, Bruxelles, Amsterdam), sous la houlette de Gérard Jouannest, le fidèle pianiste de Brel et son compositeur sur un nombre incalculable de chansons devenues immortelles : Bruxelles, Madeleine, Les vieux, Mathilde, La Chanson de Jacky, Fils de, La Chanson des vieux amants, J’arrive. Et ce premier titre enregistré à la SACEM On n’oublie rien. Ne les oublions pas, ces clarinettistes, percussionnistes, altos, violoncellistes et autres flutistes. Ils offrent à l’interprète un écrin de finesses, de subtilités au lyrisme discret qui réussit, non point à faire table rase de l’original mais à le réinventer, lui conférer cette dimension poétique inimitable, inégalable. Oui, Brel est bien vivant et cet hommage, cette contribution, ce tribut, appelez ça comme vous voudrez, de la scandaleuse muse de l’après-guerre qui sans Pygmalion ni mentor a traversé six décennies de music-hall la tête haute et le verbe généreux, en est la plus éclatante des preuves.
Franck Bortelle
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Gréco chante Brel
Chez Universal
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