Le Crépuscule des dieux – Wagner – Opéra Bastille
C’est maintenant une évidence, Günter Krämer n’a pas compris le Ring. Il est inutile de chercher ce qui ne va pas. Les petites modifications aléatoires sont là pour le prouver, elles donnent ainsi de l’importance à ce qui n’en a pas.
Les chanteurs sont assez peu dirigés scéniquement. Krämer ne sait pas quoi faire d’eux sur le grand plateau de Bastille. Il leur donne parfois une simple trajectoire, du fond vers l’avant-scène. Sinon, ils semblent libres d’investir psychologiquement leurs rôles respectifs à leur guise, comme Siegfried surjouant le simple d’esprit à chaque réplique. Certainement un jeu acquis dans une mise en scène précédente, et replacée là à l’initiative du chanteur.
Un certain Stefan Bischoff se voit crédité de la « création images vidéo », avec dans le programme, biographie, photo et tout le tremblement, pour des images tremblantes de vieux camescope des années 80.
Les chanteurs sont heureusement, pour des raisons d’acoustique de la salle, cantonnés à l’avant-scène.
Torsten Kerl est un Siegfried bon comédien, et bon chanteur. Sa faible amplitude ne lui permet pas de recevoir les applaudissements qu’il aurait dans n’importe quelle salle de moins de 2000 places.
Evgeny Nikitin est un excellent Gunther, très applaudi. Il sait lui aussi incarner son rôle en subvertissant les directives de la mise en scène. Il rejoint ainsi cette année la production du Ring après un excellent comte Tomski l’année dernière.
Hans-Peter König est la star de la soirée. Son Hagen est saisissant d’effroi. Il a surtout le coffre nécessaire pour Bastille, et le public du fond de salle et des balcons ne s’y trompe pas en le saluant avec éclat.
Brigitte Pinter est une Brünnhilde juste et dramatiquement engagée. Il est toutefois regrettable d’avoir eu autant de chanteuses pour ce rôle dans cette production. Un peu de continuité aurait été bienvenue.
Edith Haller en Gutrune est très bien. Sa voix est pleine et mélodieuse, le timbre dense.
Sophie Koch, toujours vaillante et régulière, donne au contraire une belle continuité à ce Ring, à travers plusieurs rôles toujours interprétés avec élégance et brio.
Enfin, Philippe Jordan est le vrai vainqueur de cette production. Jamais un directeur musical de l’Opéra de Paris depuis la création de Bastille n’avait à ce point fondé sa légitimité et son succès public. Il est désormais l’une des attractions essentielles de la maison.
Marie Torrès
Le Crépuscule des dieux (1876)
Troisième journée en trois actes du Festival scénique L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner (1813-1883)
7 représentations du 21 mai au 16 juin 2013 à l’Opéra Bastille
Festival Ring : 26 juin 2013
Direction musicale, Philippe Jordan
Mise en scène, Günther Krämer
Décors,Jürgen Bäckmann
Costumes, Falk Bauer
Lumières, Diego Leetz
Chorégraphie, Otto Pichler
Création images vidéo, Stefan Bischoff
Chef du Chœur, Patrick Marie Aubert
Sophie Koch (Waltraute)
Evgeny Nikitin (Gunther)
Torsten Kerl (Siegfried)
Edith Haller (Gutrune)
Hans Peter König (Hagen)
Torsten Kerl (Siegfried)
Peter Sidhom (Alberich)
Brigitte Pinter (Brünnhilde)
Opéra Bastille
www.operadeparis.fr
[Crédits photo : Opéra national de Paris/ Elisa Haberer]
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