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    Le Vaisseau fantôme – Opéra Bastille

    10 septembre 2010
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    Dès l’annonce faite par Nicolas Joel des productions à l’affiche pour la saison 2010-2011, plusieurs voix se sont levées pour critiquer le manque d’originalité et le peu de risques pris pour de nouvelles productions. Doit-on rappeler que l’Opéra National de Paris est avant tout une institution publique vouée à s’adresser au public le plus large possible ? A ce titre, même si certains font l’œil triste à revoir certaines productions (peut-être dépassées), il ne faut pas oublier les autres qui découvriront pour la première fois ces décors, costumes et jeux de lumières.

    La Tétralogie de Wagner étant le moment phare de la saison dernière et de cette année avec Siegfried et Le crépuscule des dieux, il était judicieux de programmer une « œuvre de jeunesse » de Richard Wagner avec ce Vaisseau Fantôme, crée en 1843 à Dresde.

    Le romantisme marin

    Agé d’à peine 30 ans, le jeune compositeur allemand signe ici son premier grand drame musical continu et propose un livret aussi torturé que lui-même, pouvant faire écho à ses propres doutes et questionnements. Plus que le symbole du Juif errant trop souvent caricaturé, le personnage du Hollandais est avant tout un homme mal compris par la nature, passionné par la mer comme Wagner était passionné de musique et portant les traits du romantisme : perte de repères, peur de la mort, manque d’amour et recherche de plénitude. Pour cela, Wagner s’inspira à la fois d’un voyage tourmenté en bateau le menant de Riga à Londres et du fameux mythe du Hollandais Volant.

    Sandwike, Norvège, 1843

    Des tableaux, il en est fortement question dans cette production. Préférant le livret théâtral que la musique grandiloquente de Wagner, la mise en scène de Willy Decker  paraît simple et sans grande prétention face aux cuivres et aux timbales parfois assourdissants mais si puissants de Wagner. Ibsen et Goeth ne sont pas loin et nous baignons bien dans l’univers nordique et germanique, nul doute. Sur un décor penché unique procurant dès le levé de rideau le mal de mer, un grand tableau pouvant appartenir à Caspar David wagner---hollandaisFriedrich nous fait face. Une femme, de trois-quarts, le contemple avec un mélange d’effroi et de passion. Dès la fin de l’ouverture, la frontière entre rêve et réalité s’impose d’elle-même. L’autre élément central est une porte géante sortie tout droit de l’univers d’Alice au pays des merveilles donnant directement sur une mer baltique si capricieuse. Si le premier acte est entièrement consacré aux hommes et pose l’intrigue, le deuxième est celui des femmes et particulièrement de Senta, cet être innocent perdu dans un rêve depuis son enfance attendant désespérément son prince charmant. 140 ans avant Inception et son réalisateur Christopher Nolan, Wagner initia déjà le rêve dans le rêve, au grand bonheur de Sigmund Freud.

    Une mise en scène à prendre…

    La réussite de la mise en scène de Willy Decker tient dans cette sobriété où juste quelques éléments (des cordes, un coffre, des tables, des chaises) suffisent pour planter le décor. Plutôt que de montrer, il suppose, ce qui est loin d’être un tort. Comme il l’affirme lui-même : « Comme au théâtre, on ne peut pas représenter la vraie mer, dans toute son infinité, on ne peut même pas y faire figurer un vrai bateau, le Hollandais doit rester image, récit, ballade… En fait, la tempête qui fait rage dans la musique de Wagner ne peut être montrée, sur scène, que dans les êtres. ». Si cette production atteint cependant parfois ses limites dans un manque d’originalité et d’action, elle permet de laisser entièrement place aux chanteurs et de les imposer comme il se doit. Débutant pour la première fois à l’Opéra de Paris, la soprano Adrianne Pieczonka et le ténor Klaus Florian Vogt sont deux noms à retenir. Le premier air de Senta et son final tragique sont aussi émouvants que sincères tandis que ses deux duos avec Erik portent le mélodrame à son plus haut niveau. Nicolas Joel a une fois de plus eu le flair de dénicher les talents de demain.

    … et à laisser :

    On restera plus septique face au Hollandais incarné par James Morris manquant quelque peu d’assurance et de clarté. Le chœur de l’opéra de Paris est fidèle à son poste et s’impose comme il faut durant le troisième acte.  Très kubrickien, le passage où des matelots s’acharnent avec violence sur le pauvre et solitaire Erik rappelle quelque peu Orange Mécanique. On aurait enfin souhaité que le jeu de lumière soit plus intense plutôt que de se contenter d’un dégradé bleu et blanc laissant transparaitre trop rarement le rouge et noir du fameux Vaisseau fantôme.

    Avant de retrouver sa mise en scène d’Eugène Onéguine à partir du 17 septembre sur la même scène de l’Opéra Bastille, Willy Decker a su exploiter à sa façon les tourments wagnériens des huit personnages qui composent Le Vaisseau Fantôme, chœur compris.  Une vision qui, sans fédérer, offre toutefois un final fascinant et aux interprétations multiples. Nul doute que vous en rêverez.


    Edouard Brane


    www.cinedouard.com



    Le Vaisseau fantôme
    Opéra romantique en trois actes
    Direction Musicale Peter Schneider
    Mise en scène Willy Decker
    Décors et costumes : Wolfgang Gussmann
    Lumières Hans Toelstede
    Chef du Chœur Patrick Marie Aubert
    Avec Matti Salminen, Adrianne Pieczonka, Klaus Florian Vogt, Marie-Ange Todorovitch, Bernard Richter Der, James Morris

    Du 9 septembre au 9 octobre 2010
    Informations et réservations : 08 92 89 90 90 (0,337€ la minute) ou sur le site de l’Opéra de Paris.
    Guichets :  Palais Garnier et Opéra Bastille, tous les jours de 10h30 à 18h30 sauf dimanches et jours fériés
    Tarifs : 5 €, 15 €, 20 €, 35 €, 55 €, 75 €, 90 €, 115 €, 140 €

    Opéra Bastille
    Place de la Bastille
    Métro Bastille (ligne 1, 5 et 8)

    www.operadeparis.fr


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