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    Les Enfants terribles – Théâtre de l’Athénée

    30 novembre 2012
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    Les Enfants terribles - Theatre de l'Athenee

    Philip Glass habille l’œuvre littéraire d’une partition fluide et nerveuse, avec trois pianos, une soprano, un baryton basse, un ténor et une mezzosoprano. Il construit son opéra de chambre sur des structures répétitives où les étirements des thèmes soulignent le danger qui rôde et menace les protagonistes. La subtilité des mélodies, leur fragilité presque, rend magiquement l’innocence où se trame la mort. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, le fol amour de deux adolescents, frère et sœur, qui jouent dangereusement dans le huis clos de leur chambre. Cela jusqu’à la possession, la jalousie extrême et la destruction.

    L’essence de ce roman réside bel et bien dans la jeunesse et la fraicheur de ceux qui s’amusent au-delà de toute limite, s’obstinant dans une imprudence qui n’est plus sous la moindre surveillance parentale. Le monde adulte est absent, seule la simplicité pure et fulgurante occupe le terrain. Philip Glass a pointé cette élégance propre à Cocteau, cette finesse qui séduit, cette légèreté qui porte en elle un désastre qui passerait pour un caprice s’il n’y avait pas la mort au bout.

    Paul et Elisabeth sont interprétés respectivement par Guillaume Andrieux et Chloé Briot qui ont l’âge du rôle, imprégnant l’ensemble d’une retenue où l’émotion joue au coude-à-coude avec leur cruauté involontaire. A leurs côtés, Agathe et Michael – Amaya Dominguez et Olivier Dumait – sont au bord du drame, dans toute leur sincérité et leur confiance, piégés sans le savoir par ces deux jeunes petits monstres insoupçonnables.

    Un mouvement ténu

    Les Enfants terribles - Théâtre de l’AthénéeLa machination si gracieusement élaborée s’écoule dans une transparence cristalline, parfois presque coupante mais jamais tranchante. L’opéra s’ouvre sur une première image enchanteresse, où la neige tombe dans un tableau noir et blanc. Cette scène invite d’emblée à rentrer dans l’univers poétique voulu par Stéphane Vérité. Le metteur en scène a opté pour le merveilleux et il parvient à dresser le monde fantasmagorique de ces deux enfants terribles. Un décor numérique et des projections d’images sur fond de tulle envahissent l’espace qui est au départ l’archétype d’une chambre avec deux lits pour adolescents. Un ruissellement de fumée ondule avec la brillance de l’eau, les éléments en mouvements créent des trompe l’œil où le fantastique coule lentement et emporte dans un imaginaire féérique. Le metteur en scène qui collabore régulièrement avec des chorégraphes, lie son travail à celui de producteur d’images pour des événements urbains comme il l’a fait pour Façades en liberté à Bordeaux. Ici, son sens onirique permet de dérouler l’action dramatique dans une fragile douceur, telle une métaphore précieuse de l’espace-temps imperturbablement envoûtant.

    Isabelle Bournat

    Les Enfants terribles

    De Philip Glass

    D’après le roman de Jean Cocteau

    Adaptation de Philip Glass et Susan Marshall
    Mise en scène de Stéphane Vérité

    Direction musicale : Emmanuel Olivier
    Chanteurs : Guillaume Andrieux, Chloé Briot, Amaya Dominguez, Olivier Dumait
    Pianistes : Anne-Céline Barrère, Nicolaï Maslenko, Emmanuel Olivier

    Du 23 novembre au 2 décembre 2012
    A 20h, le dimanche à 16h

    Tarifs : de 9,5 à 43 euros

    Réservations par téléphone : 01.53.05.19.19

    Durée : 1h30 sans entracte


    Athénée – Théâtre Louis Jouvet
    Square de l’Opéra Louis Jouvet
    7, rue Boudreau
    75009 Paris
    M° Opéra, Havre-Caumartin ou RER Auber

    www.athenee-theatre.com

    [Crédits photo : © Frédéric Demesure]

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