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Les Puritains sur une vague d’émotion à Bastille

Hélène Kuttner 9 septembre 2019
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©Sebastien_Mathe

Malgré une scénographie à l’architecture métallique et froide, le dernier opéra de Bellini, repris dans la mise en scène de Laurent Pelly, déploie sur l’immense plateau de l’Opéra Bastille une vague énorme d’émotion et de beauté lyrique. La jeune soprano Elsa Dreisig et le ténor Javier Camarena font fondre le public avec un bel canto déchirant et une histoire d’amour passion, comme le voulait le compositeur.

© Sebastien Mathe

La quintessence du mélodrame

« L’opéra doit faire pleurer, trembler et mourir le public » écrivait Bellini à son librettiste Pepoli, lui suggérant avant tout de nourrir les personnages de sentiments et d’affects, plus que d’observer à la lettre la réalité historique. Vincenzo Bellini, à 34 ans, y laissa sa jeune vie, épuisé par tant de travail et de passion, tandis que son ultime opéra remporta un énorme succès public. C’est pourtant une partition d’une extrême difficulté vocale pour les deux protagonistes de cette histoire d’amour qui rend fou, que le metteur en scène Laurent Pelly, pour cette reprise, place dans une scénographie métallique et noire, dessinant en dentelles de fer un château médiéval. Choc d’une structure glacée et d’un brûlant tourment ? On aurait tendance à regretter que les chanteurs ne soient pas mieux protégés, mieux épaulés pour éviter de pousser leur voix sur un plateau dénudé.

© Sebastien Mathe

Ambiance spectrale

C’est dans une ambiance de rêve éveillé, ou de cauchemar, qu’évoluent ces personnages très emblématiques du conflit entre partisans de Cromwell (les puritains) et proches desStuart au XVII° siècle. La cour, portée par les choeurs de l’Opéra de Paris, gambade comme une série de marionnettes fardées de blanc, identiques, en robe ronde et grise, coiffe blanche, ou casque pour les hommes. Une armée de protestants en goguette, qui applaudit une rigueur bienséante tandis qu’Elvira, la toute jeune fiancée, s’impatiente en attendant la confirmation, par son père, de ses noces avec Artur Talbot, un chevalier partisan des Stuart. Tous deux sont incarnés par deux artistes de grand talent. La jeune Elsa Dreisig, 28 ans, débute dans le rôle d’Elvira en y mettant une passion dramatique et un sens du théâtre haletant, étourdissant. Physique éclatant de jeune première sensuelle, elle possède une maîtrise étonnante du lyrisme, avec des aigus un peu serrés, mais une projection épatante au cours du spectacle, qui trouve sa chaleur dans la difficulté, notamment lors de la scène de la folie qu’elle réussit parfaitement, et qui demeure très acrobatique.

Des chevaliers droits dans leurs bottes

© Sebastien Mathe

Le ténor mexicain Javier Camarena, habitué du rôle, s’y coule comme dans un gant, avec une justesse et une puissance vocale impressionnante. Très applaudi d’ailleurs lors des duos avec Elvira, ou avec Giorgio, le ténor emporte l’adhésion du public par son talent évident et une sincérité sans bornes. Même sentiment face au Giorgio Valton de Nicolas Testé, certes sage et rigide comme un puritain, mais dont le souffle, la voix de basse est parfaite. Igor Golovatenko (Forth) et Jean-François Marras (Roberton) complètent cette sobre distribution que le chef Riccardo Frizza, à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris, dirige très intelligemment, respectant les nuances et faisant sonner chaque instrument. Bellini est bien en fête, et le bel canto de l’artiste nous ravit grâce à sa musique si hardie, si mélancolique, et déjà si moderne.

Hélène Kuttner

 

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