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Lucas Debargue, un pianiste inventif et audacieux à la Philharmonie de Paris

Fatma Alilate 17 janvier 2022
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Lucas Debargue © Xiomara Bender

Lucas Debargue © Xiomara Bender

Lucas Debargue (né en 1990) est un des pianistes les plus talentueux de la scène française. Le samedi 15 janvier, il a enthousiasmé le public à la Philharmonie de Paris – concert retransmis en direct à Medici TV. L’invité surprise de son programme éclectique était un piano, l’Opus 102, qui comporte 102 notes au lieu des 88 touches des pianos traditionnels.

Debargue a proposé un récital très exigeant et varié : Bach et Schumann, en première partie, Fauré et Scriabine en alternance après l’entracte. Authentique et généreux, il a révélé avec créativité la musicalité d’un répertoire sur un piano atypique.

Pianiste non académique

Debargue a fait son entrée sous les applaudissements devant les spectateurs venus très nombreux. Lauréat en 2015 du prestigieux Concours Tchaïchovski de Moscou, il est reconnu à l’international et adulé en Russie. Il a commencé sa carrière de pianiste qu’à la vingtaine. Doté d’une grande culture, il puise son inspiration dans la littérature, la peinture, le jazz, le cinéma. Cette personnalité ne s’impose aucune limite dans ses explorations musicales. Ses interprétations ont une approche renouvelée des classiques de Beethoven, Bach à Scriabine… Pour son projet Scarlatti (2016), il a choisi 52 sonates plutôt inattendues sur un corpus de 555 après un long travail d’écoute et d’analyse. Il œuvre pour la découverte de partitions méconnues. À la rentrée de septembre 2021, il a invité à la découverte de l’œuvre de Miłosz Magin (1929 – 1999) par l’enregistrement du disque Zal, the Music of Miłosz Magin avec le violoniste Gidon Kremer et l’Ensemble Kremerata Baltica. Debargue est aussi compositeur – il a proposé une de ses œuvres dans le bis.

Pour son récital à la Philharmonie, le soliste a épaté le public. Son niveau de technicité est excellent et son interprétation non académique, très novatrice, allie énergie et douceur. Tout au long du concert, sa sensibilité musicale fait écho à l’émotion, très palpable.

Un piano atypique

Avant l’arrivée de Debargue dans la Grande salle Pierre Boulez, le piano conçu par Stephen Paulello a attisé la curiosité. Dans le programme de salle, la présence de cet instrument n’avait pas été annoncée. L’Opus 102 (8 octaves 1/4) était le premier don du pianiste. L’instrument propose 5 touches dans les aigus, 8 notes dans les basses et des cordes parallèles obliques pour favoriser la clarté sonore. Sur ce clavier “agrandi”, les mains de Debargue survolent les touches, comme pour une danse. Il réinterprète les notes, enrichies par de nouvelles harmoniques. Son jeu exalté se caractérise par la rigueur et une créativité foisonnante. Après le Concerto italien BWV 971 de Bach, le soliste a pris la parole : “Merci. Bonsoir. Je suis un peu nerveux. Alors je vais le refaire [le 3e Mouvement]. Je suis très heureux d’être là. Je ne sais pas la raison pour laquelle je suis nerveux.” Le pianiste a repris le Final alors que l’interprétation était d’un très haut niveau. À l’entracte, des spectateurs se sont approchés de la scène pour découvrir et photographier ce piano atypique. Le facteur Stephen Paulello était sur le plateau, en train de contrôler l’instrument.

Debargue a poursuivi le programme cette fois avec Fauré et Scriabine. Très inventif, il interprète avec une grande maîtrise mais de façon non conformiste.

Lucas Debargue, Philharmonie de Paris © Fatma Alilate

Lucas Debargue, Philharmonie de Paris © Fatma Alilate

Le choix du piano conforte l’audace du musicien qui ose et prend des risques. À la fin du concert, l’artiste a invité Stephen Paulello à le rejoindre sur scène.

En bis, Debargue a proposé le Prélude en sol mineur de Fauré, une pièce méconnue qui rappelle plutôt Scriabine en raison de sa modernité. Il a ensuite choisi la Sonatine, 2e et 3e mouvement de Magin, compositeur qui a beaucoup compté dans son parcours, et il a partagé une de ses œuvres, Scherzo.

Pour ce récital, le pianiste a joué avec nuance et finesse les partitions dont la difficile Fantaisie en si mineur op. 28 de Scriabine aux textures complexes, tout en renouvelant l’harmonie. Le son est apparu plus étoffé ; est-ce l’effet du piano ? Le concert très applaudi a été couronné par de nombreux bravos.

Fatma Alilate

Programme

Johann Sebastian Bach

Concerto italien en fa majeur BWV 971

Robert Schumann

Sonate n°3 en fa mineur “Concert sans orchestre” op. 14

ENTRACTE

Gabriel Fauré

Barcarolle n°3 en sol bémol majeur op. 42

Alexandre Scriabine

Sonate n°4 en fa dièse majeur op. 30

Gabriel Fauré

Ballade en fa dièse majeur op. 19

Alexandre Scriabine

Fantaisie en si mineur op. 28

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