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Marie Poulanges : « On démocratise la musique »

Lise Dagan 14 novembre 2019
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Le 8 de Montcabrier n’est pas l’enseigne d’un tout nouveau restaurant branché, mais bel et bien le nom d’un jeune et dynamique festival de musique de chambre. Jeune festival… pas tant que ça, d’ailleurs, car il fête ses 12 ans cette année. Rencontre avec sa directrice artistique, la musicienne Marie Poulanges.

Un petit bis sur la place du village

Comment arrivez-vous à faire vivre un festival de musique classique dans un si petit village de campagne ?

En tant que responsable de la programmation, j’ose espérer que le choix des programmes et le talent des musiciens sont à l’origine de notre succès ! Ensuite, le village met à notre disposition l’église, bien sûr, mais aussi la cuisine, la salle des fête. Et manger ça rapproche ! À chaque fin de concerts, il y a une ambiance conviviale entre le public et les artistes. Les repas et apéritifs dînatoires sont très appréciés. Enfin, rien ne serait possible sans nos bénévoles (environs 20 personnes). Ils assurent l’intendance, la billetterie, la communication… la cuisine, aussi ! Au passage, nous sommes constamment à la recherche de nouveaux bras pour nous aider.

D’ailleurs, beaucoup apporte des légumes de son jardin, sa dernière recette de gâteau… On se débrouille comme on peut. On cherche aussi de nouvelles idées pour moderniser le festival, comme par exemple l’utilisation d’éco-cups personnalisées, qui seraient distribuées lors des apéritifs dînatoires. Un petit geste pour la planète.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de faire intervenir en partie des musiciens de l’Orchestre de Paris ?

Car je suis moi-même musicienne au sein de l’Orchestre de Paris depuis plus de 20 ans et que tout naturellement, l’envie de partager d’autres instants de concerts s’est fait sentir, surtout avec un public très différent de celui rencontré dans les grandes salles. De la musique de chambre au soleil dans une église à l’acoustique intéressante… 

Proche et attentif, notre public prend le temps de rester à la fin de chaque concert. Ces moments conviviaux ajoutent quelque chose à notre métier, apportent du sens. Sans doute le fait que nous soyons majoritairement issus de l’Orchestre de Paris, avec la notoriété qui va avec, attire-t-il une partie du public ? Mais en tout cas, ça n’a jamais été l’axe principal de la communication. J’ai aussi à coeur d’inviter d’autres artistes, chanteurs, pianistes, harpiste ou joueuse de cornemuse qui n’ont rien à voir avec l’Orchestre de Paris.

Des applaudissements… et encore des applaudissements !

En région parisienne, une grande partie de la communication des événements culturels se fait sur les réseaux sociaux. Et vous, quelle est votre stratégie ?

Notre approche est complètement différente car il faut savoir s’adapter au public et au lieu où se déroule le festival. Le bouche à oreille est primordial. On remarque une vraie fidélisation du public, des habitués qui viennent parfois depuis le début, c’est-à-dire depuis 12 ans.

Comme la plupart des festivals, on rédige un communiqué de presse, que l’on envoie à tous les journaux de la région, avec des photos et des interviews. J’interviens dans les radios locales, ce qui permet d’entretenir une proximité avec les habitants qui écoutent ces antennes tous les matins. Notre site est aussi remis à jour tous les ans, vers le printemps. On y retrouve tous les renseignements nécessaires : les dates, les tarifs, le programme. 

Toutefois, on axe beaucoup notre communication sur les flyers et affiches, qui sont distribués par les bénévoles dans tous les commerces, hôtels, campings, marchés locaux, sur les voitures, jusqu’à 40 Km à la ronde. Ainsi, on cible particulièrement les touristes. Nos bénévoles assistent également à des concerts dans la région tout au long de l’année, et emmènent avec eux nos infos. Ils en font la distribution à la fin des concerts. Depuis 3 ans, nous partageons d’ailleurs un flyer commun avec d’autres festivals de la région, c’est un système de partenariat, on se fait mutuellement de la pub, car nos dates se suivent.

Avez-vous déjà pensé à une communication dans l’audiovisuel ?

Bien sûr, même si les antennes locales se déplacent très rarement sur les lieux. Nous avons déjà tenté de contacter la chaîne de télévision France3 Occitanie, sans succès pour le moment. Mais je n’abandonne pas, cela pourrait être un très bon partenariat et un nouveau moyen de diffusion pour toucher une cible différente. 

Les musiciens du 8 jouent aussi du jazz

Selon vous, quels sont les points forts du festival ? 

Déjà, le festival du 8 de Montcabrier propose chaque été des exclusivités. Ensuite, il a une programmation classique de musique de chambre avec un répertoire allant du 17e siècle à nos jours. En effet, nos musiciens sont très ouverts. Il ont travaillé sur de nombreux arrangements qui permettent d’offrir au public le répertoire joué par un orchestre symphonique (Mozart, Beethoven etc.) en formation de musique de chambre (une dizaine de musiciens maximum). Et ce genre de programme est rare ! 

Il est vrai que les artistes sont de formation dite « classique », mais ils prennent du plaisir chaque année à jouer de façon plus anecdotique du répertoire jazz, des musiques de films, avec un hommage à Michel Legrand en 2019, par exemple. Ces initiatives nous permettent de communiquer différemment autour de la musique, de familiariser le public à des périodes ou des styles musicaux qu’il n’écoute pas, ou peu. On démocratise la musique. Je crois que chaque style de spectateur y trouve son compte, qu’il soit familier des concerts classiques ou juste curieux de faire des découvertes.

Propos recueillis par Lise Dagan

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