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    Médée – Marc-Antoine Charpentier – TCE

    16 octobre 2012
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    Il était à son époque dans l’ombre de Jean-Baptiste Lully. Il jouit aujourd’hui d’un retour en grâce. C’est Marc-Antoine Charpentier. Après la renaissance de son David et Jonathas (1688) cet été à Aix-en-Provence (et programmé en janvier à l’Opéra Comique), voici que le Théâtre des Champs-Elysées convie son public à redécouvrir son trop oublié Médée. L’œuvre a tous les ingrédients de la tragédie lyrique française: un prologue, de la danse, des divertissements et un mythe revisité par Thomas Corneille, frère cadet du célèbre Pierre.

    Des yeux et des pas… perdus

    Lors de la scène 5 de l’Acte IV, alors que Médée sombre dans une vengeance de plus en plus terrible, sa confidente Nérine affirme à part : « Ses yeux sont égarés, ses pas sont incertains.» Il semble que le scénographe et artiste contemporain allemand Jonathan Meese n’ai gardé en tête que ces vers pour concevoir une mise en espace haute en couleurs (jaune de chrome et vert primaire façon Watchmen) et disproportionnée.

    MEDEE-TCE-12Photo--Jean-Philippe-Raibaud-530x351Il y a d’abord ces collages enfantins où une multitude d’yeux et de bouches sensuelles rappellent l’âge d’or du dadaïsme. Puis il y a d’immenses étagères éclairées par des néons, oh combien présente dans toute mise en scène conçue par un artiste encré dans l’ère du temps (bien que Meese soit un vrai amateur d’opéra). Et si on y ajoute quelques Croix de fer géantes, alors nous avons devant nous une énième mise en scène envahie par des clichés on ne peut plus contemporain. A choisir, les clichés baroqueux d’Hippolyte et Aricie de Rameau à l’Opéra de Paris l’année dernière étaient nettement plus recommandables (et surtout plus agréables pour les yeux).

    Haïm x 2

    Point commun entre ces deux productions, la présence dans la fosse d’orchestre d’Emmanuelle Haïm et de son Concert d’Astrée. Chez Rameau comme chez Charpentier, rien à redire sur sa direction vivifiante qui permet d’entendre des flutes et hautbois parfaitement aérés. Autre point en commun, la présence du baryton Stéphane Degout qui après un splendide Thésée revêt les costumes d’un Oronte troublant (et même fumant !).

    Après un prologue qui associe astucieusement Louis XIV et Créon et les deux premiers actes qui posent l’action, c’est la Médée de Michèle Losier qui se révèle à nous avec la montée en puissance d’une folie destructrice. Face à elle, le Créon de Laurent Naouri s’impose dès son arrivée sur scène grâce à une gestuelle symboliquement théâtrale et un timbre toujours aussi puissant. Le Jason de Thomas Corneille colle à la peau du haute-contre suédois Anders Dahlin qui l’incarne comme l’antihéros voulu, tandis que Sophie Karthaüser prouve une fois de plus qu’elle excelle aussi bien ici dans le baroque que dans le classicisme (Mozart) et le romantisme (Weber).

    On regrette seulement que par effet de mode cette vision Médéenne soit réduite à une simple exposition contemporaine. Prochain épisode en novembre avec la « Médée » de Pascal Dusapin, avant celle de Cherubini en décembre prochain dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski déjà présentée à la Monnaie de Bruxelles.

    Edouard Brane
    Twitter : Cinedouard

    Médée

    Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue (1693)
    Livret de Thomas Corneille

    Emmanuelle Haïm, direction
    Pierre Audi, mise en scène
    Jonathan Meese, scénographie
    Marlies Forenbacher, scénographe associé

    Jorge Jara costumes // Willem Bruls, dramaturgie // Jean Kalman, lumières // Kim Brandstrup,  chorégraphie)

    Michèle Losier, Médée, La Gloire
    Anders Dahlin, Jason
    Stéphane Degout, Oronte, un chef des habitants, un berger
    Sophie Karthäuser, Créuse, La Victoire, 2e bergère
    Laurent Naouri, CréonAurélia Legay Nérine, Bellone
    Elodie Kimmel, Cléone, 1ère bergère
    Katherine Watson, une Italienne, un fantôme, une bergère
    Benoît Arnould, Arcas, un habitant
    Clémence Olivier, l’Amour

    Le Concert d’Astrée
    Chœur d’Astrée

    Les 12, 15,17, 19 et 23 octobre 2012 à 19h30
    Le 21 octobre à 17h

    1ère partie : 1h20 environ – Entracte : 20 mn – 2ème partie : 1h30 environ

    Tarifs : 140, 100, 70, 35, 10 et 5 euros

    Théâtre des Champs Elysées
    15, avenue Montaigne
    75007 Paris

    www.theatrechampselysees.fr

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