0 Shares 2174 Views

Mylène Farmer – Monkey Me

17 janvier 2013
2174 Vues
Mylène Farmer - Monkey Me

Un album très moyen que rehausse le savoir-faire pourtant prévisible du Pygmalion Boutonnat. Loin des sulfureuses évocations qui perlaient dans les opus précédents de la chanteuse qui aujourd’hui se singe soi-même, « Monkey Me » résonne comme le disque de la frigidité. Ou de la ménopause ?

Des calembours érotiques discrètement disséminés au fil des vers, presque dans les entrelignes comme se lovent les chaleurs inavouées dans les entrejambes ou les entrecuisses. Des références littéraires, cinématographiques rehaussant la déjà excellente facture poétique de textes ciselés, taillés dans le diamant dont on fait les disques lorsqu’ils atteignent le million d’exemplaires vendus. Androgynie (Sans contrefaçon), apologie de la sodomie (Pourvu qu’elles soient douces), suprématie féminine dans l’acte de chair (Méfie-toi), intellectualisation du désir sur métaphore christique (QI), éjaculation précoce (Pas de doute), hommage aux artifices vibrants (Sextonic), la carte du torride aura été parcourue en long et large et en profondeur par Mylène Farmer depuis  Libertine où elle avouait être une catin. 

Habitués à ces libertinages sémantiques vraiment jouissifs, ceux qui prennent la peine d’écouter les textes de Mylène Farmer vont déchanter avec ce neuvième album, singerie farmérienne qui porte ô combien son titre. La simple auscultation du livret révèle déjà ce que les chansons confirment à l’écoute : la rouquine s’accorde de sacrées RTT. Réductions de travail textuel. Même si le noble alexandrin n’a jamais figuré dans ses couplets, force est de constater qu’ici, ce qu’on n’oserait même plus taxer de poétique se réduit à une accumulation de considérations fumeuses d’où n’émerge ni style ni émotion. Là où Barbara, en acquérant sa liberté au fil d’un apprentissage solide, fit exploser les carcans de la rhétorique pour parer au plus pressé, l’émotion brute (en témoignent les fougueux vers libres de Perlimpimpin ou du Soleil noir), Farmer force le hiératisme jusqu’au non-sens qu’elle remplit de vide vaporeux. 

Fine mouche, elle a établi son fond de commerce sur cette propension à injecter du mystère à fortes doses dans tous ses (non) agissements jusqu’à anesthésier ses fans bêtas et béats d’admiration. L’exercice est rodé depuis des lustres : point trop en faire, en dire moins encore, sortir disque sur disque avec les délais suffisants pour mettre à rude épreuve la longanimité des aficionados, remplir les stades lors de concerts où la mise en scène masque la médiocrité vocale et les pleurnicheries tiennent lieu d’émotion. Jusque là tout allait bien pourtant, la surprise s’invitant toujours au moins à l’écoute des albums même si un certain appauvrissement textuel se fit sentir lors de l’avant-dernier opus, « Bleu noir ». La voix de plus en plus trainante inonde ici chaque titre jusqu’à la nausée, moyen pourtant efficace de maintenir la durée raisonnable d’une chanson, surtout lorsqu’aucune chance n’est accordée à l’originalité dans sa structure musicale.

En effet, pour parer cette déliquescence de la geste farmérienne, le Pygmalion Boutonnat aura encore une fois déployé son efficacité légendaire, matraquant ses mélodies de sonorités toujours plus dance et électro. Ca va donc gigoter à Bercy à l’automne prochain à défaut de secouer les synapses. Si l’on excepte un ou deux titres, cette singerie d’album à l’abyssale vacuité textuelle a de quoi faire peur (Love Dance détient le pompon dans ce registre). Il semble bien qu’il en soit terminé de la libertine qui bousculait les consciences jusqu’à la censure et soulignait d’un rond de fesse ses extases impudiques. Sec mais plus sexe, le texte farmerien prend des allures de frigidité. Son neuvième album serait-il celui de la ménopause ?

Franck Bortelle

[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=UKa1BpJFQVw[/embedyt]
 

En ce moment

Articles liés

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel
Agenda
63 vues

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel

Une adaptation des Carnets du Sous-sol, un seul-en-scène sans filtre, du pur Dostoïevski, démesuré et jouissif. C’est un homme d’une quarantaine d’années, pétri d’amour-propre et de ressentiment, vivant depuis trop longtemps seul dans son “sous-sol, qui sort exceptionnellement de...

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !
Agenda
72 vues

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !

Le Studio de l’Ermitage accueille Alix Logiaco, son trio et ses invités à l’occasion de la sortie de son dernier album “From Sand To Land”  À propos de l’album From Sand To Land Alix Logiaco Trio a sorti, le...

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule
Agenda
764 vues

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule

Trois voleurs maladroits se déguisent pour piéger une riche lady… Mais le destin va en décider autrement. Une comédie familiale et déjantée pleine de péripéties rocambolesques, de danses effrénées et de transformations de personnages ! Trois voleurs peu dégourdis,...