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Orlando Furioso – Vidaldi – Théâtre des Champs-Elysées

22 mars 2011
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Sept ans après la redécouverte de l’Orlando Furioso par le label Naïve et le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi, la folie vivaldienne est plus que jamais palpable en 2011. Pour comprendre cela, il faut remonter en octobre 2003. L’opéra du maître vénitien est alors présenté au Théâtre des Champs-Elysées en version concert. Son succès est immédiat. Il en résultera un disque devenu aujourd’hui incontournable enregistré en 2004. Depuis, les concerts se succèdent et récoltent toujours autant d’intérêt. Pourquoi avoir donc autant attendu avant de présenter une version scénique composée par la même équipe musicale ? Jean-Christophe Spinosi et Frédéric Delaméa en livre un élément dans l’article « Sept ans de réflexion » publié dans le programme: « Avec le passage du temps et l’accumulation des expériences, le génie psychologique de Vivaldi nous saisit de manière encore plus forte que par le passé. »

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Intrigue à Venise

Cette réflexion semble être le point d’ancrage de la mise en scène conçue par Pierre Audi. On ne trouvera donc pas d’effets visuels à haute dose ou de magie à proprement parler mais une conception psychologique qui atteindra son paroxysme au 3ème acte. Les récitatifs sont en effet nombreux et les trois actes radicalement différents. L’action du premier repose sur la présentation des personnages tandis que le fantastique se dévoile dans le second avant de se terminer dans la tragédie grecque dans le troisième. Ce déroulement va de paire avec la mise en scène de Pierre Audi. Dotés d’une vision sombre et mélancolique aux couleurs grisâtres, les décors semblent faire écho à la nouvelle conception graphique du Théâtre des Champs-Elysées et nous transportent dans une Venise mystérieuse proche du célèbre jeu de société Intrigue à Venise. On se croirait au sein du palais Danieli, plus particulièrement au premier acte où un système de poupées russes est utilisé pour les décors. Se dévoilent alors petit à petit des parties de ce palais avant qu’une fade lagune apparaisse en fond de scène. L’aspect mystique du deuxième acte se résume quant à lui en un beau lustre verre bouteille fumant et à une table et une chaise géantes où se cachent les personnages. Le troisième acte est en revanche parfait, alliant finesse et psychologie. On perçoit du Chéreau dans les gestes et les mouvements de chacun, enfermé dans son propre monde et cherchant une sortie à ses terribles affres.

Présence rare et unique de Marie-Nicole Lemieux

A ce propos, le personnage principal Orlando brille pour sa transformation physique et lyrique. Pour exprimer sa folie naissante, Vivaldi brouille la partition où s’alternent vers la fin du deuxième acte récitatifs et ariosos divers. Qui mieux que Marie-Nicole Lemieux pouvait interpréter ce rôle ? On sent dans son jeu à la fois du Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou et du Robert de Niro dans L’éveil. Elle est en pleine maturité et propose un délire scénique unique en son genre. Si son personnage paraît plus effacé, le Ruggiero de Philippe Jaroussky reste néanmoins bel et bien aussi dans les mémoires. Son air Sol da te accompagné d’une magnifique flûte traversière est tout simplement un pur instant lyrique comme on en entend rarement. L’Alcina de Jennifer Larmore avec ses six airs apparaît cruel et ferme. On est loin de ses rôles rossiniens mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne nous laisse pas indifférent. Jean-Christophe Spinosi et son Ensemble Matheus connaissent maintenant cette partition sur le bout des doigts. On s’amusera même à apercevoir son chef d’orchestre prendre lui-même le violon le temps d’une allusion musicale.

Edouard Brane

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