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    Gaspard Proust – Théâtre du Rond-Point

    11 décembre 2012
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    Gaspard Proust – Théâtre du Rond-Point

    S’inscrivant dans la lignée de Pierre Desproges, Gaspard Proust porte un costume élégamment coupé et demeure statique pendant presque tout le spectacle. Désabusé, dépité par la misère du monde, misanthrope, il arbore une mine de circonstances et se garde bien de gesticuler. Il déroule les laideurs, les mesquineries et les monstruosités en grand ou en petit avec le sens sec et rédhibitoire du constat loin de tout épanchement. Rien ne vaut la peine de lutter, tel est le crédo en toile de fond. Tout y passe : les handicapés, les vieux, les sdf, les femmes, les politiciens, les bobos, les journalistes, les malades.

    Gaspard Proust prend à rebours la société compassionnelle autant que toutes les théories bien-pensantes. Il dérange au-delà de certaines limites convenues de l’humour en pointant sans rire des situations sur lesquelles on jette un voile pudique et il excelle dans le refus de l’apitoiement, d’où une cruauté qui rôde et en met plus d’un mal à l’aise. Mais il ne s’agit nullement de la cruauté inhérente à Gaspard Proust, il s’agit de celle de la réalité. Une cruauté au cœur des comportements quotidiens, emmêlée aux vies apparemment ordinaires, finement tissée aux pensées et aux manières de vivre anodines que nul ne songerait à attaquer.

    En ennemi exigent du genre humain contemporain, Gaspard Proust va chercher des raisons de désespérer là où l’on préfère généralement voir une banalité attendrissante et ce n’est pas parce que quelqu’un est gentil et apparemment inoffensif qu’il n’aura pas droit aux sarcasmes froids. Aucun travers actuel n’échappe au sombre regard de Gaspard Proust, car il décèle comme personne les enlisements indolores mais durables qu’entrainent les résignations et les petites lâchetés communes.

    Gaspard Proust n’est pas sur le terrain de la facilité et des bonnes causes de l’humour ; là où on n’attend pas la critique acerbe, il déniche le risible accompagné de son ombre tragique et ce qui est en principe source d’indulgence est ici sévèrement égratigné. Gaspard Proust ne cède à aucun sentimentalisme. Ce n’est pas parce que quelqu’un est en situation de faiblesse que Gaspard Proust lui passe ses fautes. Férocement lucide, il manie un humour consistant, qui repose sur les épaisses noirceurs humaines qu’il est de bon ton de blanchir… Donc un humour qui fait mal. Un humour magistral.

    Perte d’idéal

    Comme on a l’habitude de le voir chez Ardisson dans « Salut les terriens », ce trentenaire ne cache pas qu’il incarne une génération qui ne peut plus s’accrocher à aucun système de croyances ou d’idéologie. Détaché de ce monde dont il n’attend pas grand-chose si ce n’est peut-être une troisième guerre mondiale, il a d’autant plus d’impact qu’il dispose d’un charme qui vient souligner l’honnêteté de sa position intellectuelle. Avec un tel atout, il pourrait s’amuser ou faire semblant d’y croire, mais non, Gaspard Proust ne triche pas. Il voit les innombrables aspects sordides de la société, il les observe et ne joue pas les artistes qui font rêver. D’ailleurs il ne joue pas. Il arrive même du fond de la salle et repart par là, comme s’il soulignait une dernière fois le peu de frontières entre ce qui est dit sur scène et ce qui vaut dans l’environnement. Il donne avec une honnêteté cinglante son point de vue sur ce qui se passe en notre société.

    Sa syntaxe est parfaite et son vocabulaire soigné, ses références culturelles pointues et ses tournures de phrase portent la marque du diplômé qu’il est. Il ne faut pas craindre d’entendre parler dans son spectacle d’art contemporain, de sophisme et de déstructuralisme. Là aussi, il joue la carte d’une honnêteté sans détours. Il ne va pas adopter un langage qui répond à la demande selon les lois de l’opinion et du marketing de la communication dans le domaine du rire. Autant dire que sa franchise intellectuelle doublée de son analyse percutante et clairvoyante est un régal et un humour noir du XXIème siècle.

    Isabelle Bournat

    Gaspard Proust

    De et par Gaspard Proust

    Jusqu’au 12 janvier 2012 à 21h
    Le dimanche à 15h
    Relàche les lundis, dimanche 9 décembre, mardis 11, 25 décembre et 1er janvier.
    Représentation supplémentaire 31 décembre à 18h30

    Tarifs : de 11 à 36 euros

    Réservations par tél : 01.44.95.98.21

    Durée : 1h30

    Théâtre du Rond-Point
    2bis, avenue Franklin D.Roosevelt
    75008 Paris
    M° Franklin Roosevelt

    www.theatredurondpoint.fr

    A découvrir sur Artistik Rezo : 
    – Les pièces à voir à Paris en janvier 2013

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