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    21 rue des Sources au Rond-Point, la grâce de la mémoire

    11 novembre 2019
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    ©Eric Didym

    Avec cette pièce qu’il met lui-même en scène, l’auteur Philippe Minyana concentre toutes les perles de son écriture théâtrale, creusant des sillons en les parsemant de fantaisie. Il enrubanne les fantômes du passé à la présence sans âge des lieux et il visite la mémoire comme on retourne dans une maison avec l’espièglerie d’un enfant et le charme d’un conte. 

    21 rue des Sources était l’adresse des grands-parents de Philippe Minyana, quelque part en Franche-Comté du côté de Sochaux. Cette maison fut celle du quotidien de l’existence tout autant que des drames et des farces qui émaillent un parcours familial. Partant à la recherche du passé, l’auteur, à l’inverse de Proust, adopte un pas où la nostalgie et la perte sont furtives et légères même sur le tranchant du temps. Ce passé correspond à celui d’une France dite moyenne, à l’époque des Trente Glorieuses qui installaient un climat de confiance générale, sans qu’en soient transformés les habituels tourments et les événements grands et petits des familles.

    © Eric Didym

    Pour s’aventurer dans les souvenirs, Mme Avril et un ami, grimés de blanc tels des revenants, entrent dans cette maison et la parcourent de pièce en pièce. Le plateau est nu, hormis quelques chaises, et pourtant le petit miracle se produit. L’imagination s’envole et le spectateur croit entrer avec ce couple insolite d’abord dans la véranda, puis dans l’entrée, le salon, le jardin, les chambres à l’étages, et ainsi de suite, ressuscitant des anecdotes, des amours, des scènes de la vie courante ou des moments majeurs de l’existence. Le pianiste Nicolas Ducloux qui est sur scène rythme avec allégresse la visite. Sa ligne musicale est à la fois un clin d’œil et une réplique, il ponctue de sa cadence complice le plan de la maison qui n’est jamais représentée et il parvient à tracer tel un magicien l’architecture invisible des lieux.

    Les comédiens Catherine Matisse et Laurent Charpentier sont délicieusement irrésistibles. Étranges et intemporels, ils surgissent en étant à la fois irréels et féériques, ils enchantent par leur finesse espiègle et si l’on pouvait retenir les fantômes on les emporterait avec nous. Ils prennent les mots de Philippe Minyana comme une succession de perles. Une à une, ils  les retirent de la parure du temps à l’image des souvenirs, tantôt doux, tantôt drôles, tantôt bizarres, toujours convoqués avec une malice et un humour qui émeuvent. L’art de l’auteur et metteur en scène parvient à remplir de joie la quête du passé. Par petites touches, il réconcilie les morts et les vivants et il sautille sur la nostalgie en rendant un bel hommage à tous les êtres disparus qui l’ont constitué. La mémoire se montre surprenante autant qu’un grenier chargé, mais Philippe Minyana l’ouvre avec une délicatesse aussi burlesque que généreuse, donnant à voir une société à travers l’intime et le résultat est un bijou.

    Emilie Darlier-Bournat

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