“À huis clos” : Kery James met le feu au Théâtre du Rond-Point
© Simon Gosselin
De retour sur le plateau du Rond-Point, le rappeur Kery James revient au personnage qu’il incarnait déjà dans “À vif”, Soulaymaan, devenu avocat révolté qui décide de faire la justice tout seul. Face à lui, Jérôme Kircher campe un avocat de l’ouest parisien, pris en otage dans son bureau. Un réquisitoire politique sans appel contre les bavures policières et notre semblant de démocratie, selon l’auteur, dont la joute oratoire est mis en scène très élégamment et avec caméras par Marc Lainé.
Pour que justice soit faite
Kery James, rappeur dont la carrière est déjà couronnée de succès, et dont le film Banlieusards 2 est resté au top des tendances Netflix cet automne, aime plus que tout la saveur des mots, qu’il utilise comme des armes contre l’injustice. Son combat, c’est celui des jeunes des banlieues qu’il faut sauver de l’ignorance et auxquels il faut redonner la fierté, celui du racisme qu’il faut combattre, par le dialogue, l’étude, la reconnaissance de l’autre. Mais autant dans son précédent spectacle, À vif, le personnage de Soulaymaan s’insurgeait en 2017 contre le fait de responsabiliser entièrement l’Etat vis à vis du mal-être des banlieues, reprochant à l’avocat de gauche son angélisme et sa culpabilité post-coloniale, autant la nouvelle version de Souleymaan est un avocat de banlieue déguisé en coursier de restauration à domicile, armé d’un revolver qu’il braque sur son adversaire. L’homme à abattre est un juge parisien, joué par Jérôme Kircher, qui termine sa longue journée de travail dans son bureau. Grâce à lui, le policier qui a tué le frère de Soulaymaan a été innocenté. Encore une bavure policière tragique.
Ring de boxe

© Simon Gosselin
Dès lors, la joute oratoire se transforme en réquisitoire, violent et sans appel, contre l’inaction de la justice qui se refuse à défendre ceux qui sont exclus de la société, contre la police qui a tous les pouvoirs, y compris celui de tuer. Et les cadavres d’Adama Traoré et de Georges Floyd ensuite, aux Etats-Unis, sans compter celui de du jeune Nahel abattu par un policier à Nanterre au mois de juin dernier, ne font que nourrir l’accusation sans concession de Soulaymaan, qui a perdu son frère dans les mêmes conditions et en veut à la justice de ne pas condamner la police coupable de telles effractions. Le plateau circulaire représente le bureau du juge, mobilier de cuir confortable et lumière chaude, autour duquel un rail permet le glissement permanent de deux caméras qui retransmettent, sur grand écran, les visages tendus des deux hommes. Cette scénographie et la mise en scène claire de Marc Lainé épousent parfaitement le dialogue qui vire rapidement à l’attaque, pour évoluer plus tard en direction de l’écoute mutuelle et de la complicité.
Comédiens percutants

© Simon Gosselin
Jérôme Kircher prouve une fois encore la puissance de son jeu sensible, tout en nuance et en retenue. Il est l’homme à abattre, le juge qui protège la société mais aussi lui-même. Kery James décrit un fonctionnaire pétri de justice et de paix sociale, mais ignorant, comme absent du réel et des luttes sociales. Un père attentif et veuf, car trop pris par son travail. Face à ce juge ordinaire et qui vit dans le XVIe arrondissement, l’auteur incarne celui qui accuse, celui qui, devenu avocat, clame la vraie justice en démontrant les nombreuses injustices. Celle d’un gouvernement qu’il accuse d’être une dictature gouvernant à coup d’articles 49.3, celle d’une police armée et toute puissante, celle d’une démocratie hypocrite. Le langage est cru, le lexique est chargé de hargne, de colère et de rage. C’est la rage des victimes qui explose en fièvre violente. Cette rage verbale se mue en joute physique, car les deux hommes se jettent par terre, avant de se réconcilier sur des terrains plus complices. Celui de la vie de couple, de l’amour, des enfants. À la fin, qui est très belle, Kerry James se met à slamer des paroles de paix, de fraternité. Et si le spectacle n’évite pas le manichéisme et un certain nombre de clichés sur la violence sociale, ne laissant finalement que peu de champ à la défense du juge, il se dégage de ce moment théâtral une vitalité, une énergie, et une sincérité qui prennent le spectateur au cœur.
Hélène Kuttner
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