Anaïs Petit croque les grands au Théâtre de Dix Heures
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Anaïs Petit croque les grands Mise en scène de Vincent Auvet Auteurs : Anaïs Petit, James No et Guillaume Meurice Avec Anaïs Petit Jusqu’au 25 juin 2014 Tarif : 18 € Durée : 1h15 Théâtre de Dix Heures |
Jusqu’au 25 juin 2014
Depuis Chantal Gallia et Sandrine Alexis, le monde de l’imitation au féminin tournait au ralenti. Anaïs Petit, depuis quelques années, reprend le flambeau avec d’autant plus de mérite que les voix de femmes identifiables sont bien plus difficiles et rares que leurs homologues masculines et qu’elle le fait avec un travail solide au niveau de l’écriture. Et c’est immensément drôle. L’égalité hommes/femmes dans le domaine de l’imitation n’en est encore qu’à ses balbutiements et la reconversion – réussie – de Liane Foly semblait une oasis dans ce désert de la parodie au féminin. Pourtant, depuis quelques années, Anaïs Petit assure joliment cette relève qu’on attendait. Avec beaucoup d’audace et de talent, elle parvient à bluffer tant par la performance vocale que grâce à un authentique travail d’écriture. Là où ses « prédécesseuses » assuraient le plus souvent le show en alignant les imitations, certes valeureuses mais désincarnées et dénuées de décalage, elle offre avant tout un vrai spectacle d’humour. Durant une heure et quart, et ainsi que l’annonce clairement le ton espiègle mi-ange mi-démon de l’affiche, Anaïs Petit va croquer les grands. Si le monde du spectacle constitue l’essentiel de son répertoire, le champ s’élargit pourtant, notamment avec de savoureuses incursions dans la politique, autre inépuisable vivier d’inspiration devenu, il faut bien le dire, une tribune aussi estampillée « showbiz » que le cinéma ou la chanson. Marine, Véronique, Fanny, Audrey et les autres… Le décalage s’opère essentiellement dans la réécriture de tubes où s’invitent de savoureuses piques issues d’une observation de ce monde fou qui nous entoure. La violence faite aux femmes par la voix de France Gall, le racisme sur métaphore météorologique dans une intervention de Marine Le Pen ou encore la politique actuelle brocardée par Véronique Sanson installent le spectacle dans une actualité parfois brûlante. Avec juste ce qu’il faut de caricature, le jeu de la comédienne se révèle irrésistible lorsque Carla Bruni devient caissière dans un grand magasin ou quand Fanny Ardant et Audrey Tautou se présentent à un casting. Sans toutes les citer car elles sont près de 50 à ainsi défiler sur scène, soulignons les rires que provoquera (enfin !) Mylène Farmer, ceux qui naîtront d’un duo mémorable entre Vincent Delerm (seul mâle présent) et Charlotte Gainsbourg, d’une réécriture d’un phénomène cinématographique où se succèdent Deneuve (très réussie alors que très casse-gueule), Robin et Catherine Frot. Deux très beaux moments d’émotion aussi avec les hommages à une immense comédienne que personne n’a oubliée et à l’homme à tête de chou… Audacieuse, corrosive, parfois féroce mais sans sombrer dans la méchanceté gratuite, Anaïs Petit joue avec délectation de tous ces travers dans lesquels ses modèles s’illustrent sans cesse. Un spectacle de haut vol sans temps mort et diablement intelligent. Franck Bortelle [Photo : Eric Vigier] |
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