Au 13e art, “Les Saisons” de Thierry Malandain
Les Saisons © O Houeix
Créé en 2023 sur une proposition de l’Opéra royal de Versailles, le nouveau ballet de Thierry Malandain a pour point de départ deux œuvres musicales composées sur le même thème, à la même époque, les célébrissimes Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi et les méconnues Quatre Saisons de l’année de Giovanni Antonio Guido.
Collant au cycle de la nature, Les Saisons sont organisées en quatre séquences, chacune étant conçue comme un triptyque de structure similaire. Le premier volet est une scène d’ensemble sur la musique de Vivaldi. Les danseurs semblent reprendre les codes d’un bal, se saluant puis enchainant les portés, les pas de deux avec changement de cavaliers et les rondes. A chaque fois, un couple s’échappe de ce groupe, comme autant d’aparté intime. L’écriture, qui reprend les éléments du vocabulaire classique avec la liberté de la danse contemporaine, et les costumes noirs, à l’élégance minimaliste, souligne l’incroyable actualité de la musique de Vivaldi qui traverse les époques avec toujours la même fraicheur.

M. Conte et C. Lonchampt dans Les Saisons © Olivier Houeix
Avec la deuxième partie, place à l’opulence du Grand siècle, aux costumes de brocart, aux danses de cour. La composition de Guido très chorégraphique mais plus inscrite dans l’esthétique de son temps, accompagne les variations émaillées de référence à la danse baroque.

A. Sánchez Bretones, C. Chevillotte, L. Viel, I. Turel Yagüe dans Les Saisons © Olivier Houeix
La troisième partie nous entraine dans un autre univers. Celle qui clôt le printemps est un très beau solo masculin où le danseur semble osciller entre fragilité et force. Dans les volets suivants, il sera rejoint par une puis deux puis trois danseurs et enfin toute la compagnie pour le final. Alors que les deux premiers mouvements du triptyque apparaissent comme le miroir d’un monde très humain, ces troisièmes parties où les danseurs sont vêtus de combinaison couleur chair apparaissent comme des parenthèses enchantées pleines de mystère. On pense aux oiseaux, aux elfes, au Songe d’une nuit d’été…

H. Layer dans Les Saisons © Olivier Houeix
La chorégraphie de Thierry Malandain se développe avec fluidité, rigueur et naturel sur les notes de musique, traduisant la puissance de la nature et la force du cycle des saisons. Les troisièmes parties, avec leurs êtres mi-humain mi-oiseaux, apportent un supplément d’âme. L’âme de la nature ? Cette nature dont nous dit Thierry Malandain “La solution, si nous voulons continuer de (la) contempler […], est de la respecter sans limite et faux-semblant.”
Stéphanie Nègre
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