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    Beckett et Serge Merlin, texte et chair

    15 septembre 2016
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    depeupleur

    Le dépeupleur de Samuel Beckett

    Mise en scène d’Alain Françon

    Avec Serge Merlin

    Jusqu’au 19 décembre, lundi au samedi à 21 h30, relâche le 2 octobre

    Tarifs de 8 à 26 euros

    Réservation par tél : 01 42 36 00 50

    Durée : 1h10

    Théâtre Les Déchargeurs
    3 rue des Déchargeurs 75001 Paris 
    M° Châtelet 

    www.lesdechargeurs.f

    Le comédien Serge Merlin est littéralement habité. Pour Le dépeupleur, texte peu connu de Samuel Beckett, il remplit la salle des Déchargeurs d’une incandescence et d’une intensité en étant au faîte de son art, sous la minutieuse direction d’Alain Françon, organisateur de vibrations.

    2 2Familier de Beckett et d’Alain Françon, Serge Merlin offre aux spectateurs une heure durant laquelle se donnent à voir et à entendre les plus vertigineux accents de ce qu’est l’art du comédien. Seul en scène, sans décors, juste vêtu d’une chemise blanche et d’un manteau vert, jouant d’une petite baguette de chef d’orchestre, Serge Merlin fait résonner toutes les tonalités du corps, de la voix, du regard. Bondissant sur le plateau par la porte du public, il occupe l’espace et mieux encore il découpe, strie et devient à lui seul l’espace; car on ne regarde que lui, hypnotisé, happé par cette démarche accordée au verbe, par ces
    yeux débordant d’une sorte de métatexte, comme si Serge Merlin était l’incarnation de la polyphonie à la fois acérée et tourbillonnante de Samuel Beckett. A plus de 80 ans, Serge Merlin, telle une flamme intemporelle, réveille les profondeurs envoûtantes de la simplicité et de la force du théâtre. Ses déplacements vont jusqu’à l’amener au plus près des spectateurs, et son regard, tandis qu’il se penche vers les premiers rangs, vient quasiment accrocher la musique du verbe sur les épaules du public. Serge Merlin s’asseoit dans la salle, il parle à l’un puis à l’autre, et nous emmène avec simplicité dans ce dédale de mots.

    Où il est question de cylindre

    “Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. C’est l’intérieur d’un cylindre surbaissé ayant cinquante mètres de pourtour et seize de haut pour l’harmonie. Lumière. Sa faiblesse; Son jaune.” Ainsi s’ouvre Le dépeupleur. Enigmatique, le texte de Beckett est une étrange relation au voyage, une interpellation des corps qui se confrontent à la géométrie spatiale et s’y épuisent à force de détours par la rencontre ou la tentative de rencontres. On y entend parler de niches et de tunnels qui tantôt s’éloignent tantôt se frottent aux parois d’un cylindre, tandis que des baisers aux “sons indescriptibles” oscillent dans le vide. En une prosodie magnifique, le comédien parvient à faire surgir la fascinante construction des mots avec ce qu’ils recèlent de palpable et inarrable.

    Complicité et retrouvailles

    4Il y a de la fièvre, de l’émotion, de la magie et de la malice dans ce spectacle. Pour Serge Merlin, c’est la troisième fois que Le dépeupleur est abordé. Et pour Françon, la direction de cet acteur est familière, après Beckett déjà -Fin de partie, La dernière bande-,mais aussi autour de Thomas Bernhard. Leur complicité et leur proximité de Beckett constituent incontestablement la base de cette réussite, car on ne rentre pas dans cette matière sans un appétit particulièrement aiguisé. Beckett avait écrit plusieurs versions de ce texte avant d’en fournir la trame définitive et bien qu’il ne soit pas conçu spécifiquement pour le théâtre, Le dépeupleur fait briller sur la scène théâtrale d’aujourd’hui une étoile dense et sans âges.

    Emilie Darlier-Bournat

     

    [ photos : iFou pour LePôlemédia]

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