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A Chaillot, Tero Saarinen mène la danse du Nord

Thomas Hahn 13 janvier 2018
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Kodak - © Mats Backer

La Finlande, La Suède, la Norvège, l’Islande et le Danemark dévoilent le meilleur de leur créativité chorégraphique au Festival Nordique de Chaillot. Tero Saarinen et Ina Christel Johannessen sont connus en France depuis longtemps, mais le festival dévoile aussi une nouvelle garde surprenante qui brouille les pistes entre danse et cinéma, entre le masculin et le féminin.

Il est la vedette incontestée de la danse contemporaine en Europe du Nord. Depuis son solo « Hunt » sur le Sacre du Printemps de Stravinski on connaît son écriture incisive et son charisme. Le Finlandais Tero Saarinen a même été choisi par Carolyn Carlson, il y a dix ans, pour interpréter le mythique solo « Blue Lady » de cette grande dame de la danse!

Dans « Morphed », sa dernière création, sept danseurs, Saarinen inventent un langage de la sincérité qui interroge les forces et les faiblesses de chacun. Saarinen explique: « Chaque personne qui est en scène passe par un processus de transformation pour intensifier sa propre existence. Petit à petit ils se rapprochent de leurs vérités et laissent parler la peau. » Car l’identité véritable de la gente masculine ne se limite pas à cette machine à testostérone que – trop souvent – elle prétend être.

Morphed – © Mikki Kuntu

Qu’est-ce qu’un homme?

Pour le démontrer, Saarinen travaille ici exclusivement avec des hommes et il y a là surtout des danseurs finlandais, mais aussi un danseur coréen, pour parler de différence et d’exclusion. Et il y a la musique qui appelle à un regard subtile. « La musique est ici une source d’inspiration importante. J’ai choisi trois morceaux d’Esa-Pekka Salonen, mondialement connu comme chef d’orchestre mais également un grand compositeur. Ces partitions datent de différentes époques et moments de sa vie artistique » explique Saarinen.

Morphed – © Darya Popova

La pièce se déroule dans un carré délimité par un rideau de cordes, minimaliste et rigide d’apparence. Mais  les cordes peuvent bouger et onduler, devenir élégants et sensuels. « Ils peuvent évoquer les cheveux ou le foin et rappeler des souvenirs enfouis », explique Saarinen. C’est tout à l’image de l’homme, développé dans « Morphed ».

Pina Bausch + Buster Keaton = Mickey

Pour Alan Lucien Øyen, qui vient du théâtre, la danse est un moyen d’aborder des sujets qui fâchent. Mais son humour est décapant et sa danse aussi théâtrale que burlesque. Le jeune chorégraphe norvégien décortique dans « Kodak » cette société qui est la nôtre, avec son addiction à l’image de soi – le selfie – divulguée en masse dans les média « sociaux », et la difficulté croissante à distinguer le réel du virtuel.

La volonté d’être médiatisé comme une star est mise en parallèle avec des images iconiques du XXe siècle qui ont forgé la mémoire collective par la télévision ou le cinéma. En convoquant Mickey sur le plateau, Øyen pointe la difficulté à devenir vraiment adulte. C’est pour le Göteborgs Operans Danskompani, et donc en Suède, qu’il a créé cette pièce qui est donc un vrai traveling chorégraphique scandinave.

Shéhérazade et la masculinité démasquée

La plus célèbre des chorégraphes norvégiennes s’appelle Ina Christel Johannessen. Elle a signé des dizaines de pièces pour les compagnies nationales de la Norvège, la Suède ou l’Islande et bien sûr pour sa  propre compagnie Zero Visibility. Elle présente ici une « Shéhérazade » très engagée, pour les danseurs du Ballet National de Norvège.

Et puis – est-ce pour boucler la boucle avec Saarinen – les danseuses du collectif Himherandit présentent « The WOMANhouse ». Le nom de ce groupe installé à Aarhus pourrait être un terme danois. Mais il faut le lire en anglais : Him, her and it. Ce qui annonce la préoccupation majeure de ces artistes absolument décapants, à savoir le gender, terme (terriblement) mal francisé par « genre ».

Dans « The WOMANhouse », aucune des interprètes n’est reconnaissable en femme. Toutes sont grimées en hommes et exacerbent les stéréotypes masculins les plus grotesques. L’exagération est tellement hilarante qu’elle masque leur vraie identité sexuelle au lieu de la révéler, et l’illusion est si parfaite que le chorégraphe peut se permettre d’annoncer le « trucage » dans le titre de la pièce!

Thomas Hahn

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