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    Crowd de Gisèle Vienne, ou la face cachée de la rave party

    Thomas Hahn 24 septembre 2019
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    Crowd de Gisèle Vienne © Mathilde Darel

    La chorégraphe franco-autrichienne a créée cette pièce pour quinze danseurs à partir de ses expériences dans les clubs berlinois. Sur des rythmes techno, elle ausculte les mouvements et les relations entre des jeunes en quête d’exaltation et de communauté. Une recherche fascinante sur le mouvement qui arrive au Centre Pompidou, avec le Festival d’Automne.

    Crowd de Gisèle Vienne © Barbara Braun

    Crowd est une des pièces chorégraphiques les plus subtiles créées ces dernières années, grâce à une Gisèle Vienne qui connaît la vie intérieure de ses personnages sur le bout des doigts. Il y a une dimension très dramatique dans cette fresque exutoire, dans le sens d’un théâtre du geste et d’un regard plein d’empathie pour les conflits intérieurs des jeunes qui se croisent en marge d’une teuf. Car la fête ne se déroule pas sous nos yeux, mais ailleurs, dans un espace qu’on imagine au fond, ou à côté. Elle est pratiquement finie, par ailleurs et il n’y aurait aucun intérêt à y assister. Gisèle Vienne s’intéresse plutôt à ce que la fête cherche à cacher, ou à ce qu’elle a construit, au cours de la soirée. Et pourtant, de temps en temps, la danse surgit encore.

    Un nouveau regard sur le mouvement dansé

    Les BPM de la techno s’emballent, mais la chorégraphie joue le contraste, la distorsion, le ralenti et l’accélération. Aussi, le naturalisme est tenu à l’écart, même quand les fêtards mangent des chips, boivent des sodas, fument et esquissent des bagarres. Ils rentrent dans un état entre conscience et inconscience, parfois entre présence et absence, qui est l’une des spécialités de la chorégraphe. Ici la lenteur permet d’entrer dans la transe, avec des effets de ralenti et d’inversion.

    Crowd de Gisèle Vienne © Estelle Hanania

    Gisèle Vienne introduit ici des variations de tempo et de direction qui rappellent les vidéos de danse avec effets spéciaux comme on en produit de plus en plus. Mais ici tout se joue sur scène, en live ! Les effets spéciaux découlent d’un travail minutieux sur le mouvement qui révèle la différence entre le temps réel et le temps ressenti, entre le réel et l’illusion. On découvre de nouvelles sœurs ou de nouveaux frères du Moonwalk ou de Marcel Marceau et le mouvement se révèle à nous dans sous ses micro-instants. S’ouvrent à nous les états intérieurs de ces jeunes, dans toute leur intensité, ces états qui poussent à la recherche de nouveaux rituels comme les rave-parties.

    Crowd de Gisèle Vienne © Barbara Braun

    Quête de vérité

    Sur un sol en terreau parsemé de canettes et autres résidus de la fête, se jouent des drames intimes, des deuils, des rébellions… Mais tout se dévoile à travers la danse, une danse qui se raconte et raconte les danseurs. Crowd se nourrit de la techno des années 1980/90 et de l’intelligence de Gisèle Vienne. Alors que de plus en plus de chorégraphes mettent en scène des situations de fête en déconstruisant et reconstruisant des danses sociales, qu’elles soient contemporaines ou issues du clubbing, Vienne regarde derrière la façade. Elle renonce à tout tape-à-l’oeil et creuse la vérité de chacun.e.

    On retrouvera son travail aussi au Théâtre du Châtelet, en mai 2020, avec This is how you will disappear, une sorte de thriller qui se joue dans une forêt réelle, enveloppée des vapeurs naturelles de la célèbre sculptrice de brumes japonaises Fujiko Nakaya. Là encore, Gisèle Vienne montre que son art vise à exhumer des vérités enfouies et à nous faire entrer dans des zones occultées.

    Thomas Hahn

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