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    “Dans les yeux de Monet” : une plongée dans l’Impressionnisme avec Clovis Cornillac impérial

    Hélène Kuttner 22 septembre 2024
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    © Cyril Bruneau

    Le comédien Clovis Cornillac incarne le célèbre peintre impressionniste, alors qu’il survit difficilement dans une chambre qui surplombe une boutique de lingerie, face à la Cathédrale de Rouen. C’est à ce moment-là, dans la pauvreté extrême et avec une cataracte galopante aux yeux, qu’il peindra sa fameuse série de toiles sur la Cathédrale de Rouen à différents moments de la journée. Grâce à l’apparition d’une mystérieuse Camille, le nom de son épouse disparue trop vite. Un spectacle à la beauté brumeuse, où les toiles de Monet font vibrer Les Gymnopédies d’Erik Satie.

    Apparition

    Les années 1880 ne sont pas très fastes pour Claude Monet, chef de file des peintres impressionnistes français. En 1879, il perd sa femme bien aimée, Camille Doncieux, qui fut son modèle et la mère de ses deux fils, Jean et Michel, encore jeune enfant. En 1882, malgré le succès de certaines toiles à Londres, la notoriété et les ventes restent très dures à Paris où Monet et ses camarades Renoir, Degas ou Sisley, sont contraints d’exposer au « Salon des Refusés », une confrérie d’artistes qui refusaient de coller au bon goût académique. Seul un écrivain comme Emile Zola, ou Paul Durand-Ruel, le fameux marchand d’art qui contribua à faire connaître les artistes impressionnistes, vinrent en soutien de ces artistes. Mais le public et les amateurs d’art n’achètent pas, et Durand-Ruel, lourdement endetté suite à la faillite de l’Union Générale, sa banque créditrice, rend visite à son protégé à Rouen. Il lui demande des toiles rapidement, car c’est vers le marché américain qu’il souhaite se tourner maintenant. C’est d’outre Atlantique que le salut financier viendra. Le temps presse. Mais Monet, fatigué et déprimé, refuse toute visite, et fait le dos rond.

    Camille

    © Cyril Bruneau

    C’est ce moment de désespoir et de profonde pauvreté matérielle et morale que l’auteur Cyril Gely choisit de raconter par l’intermédiaire d’une apparition soudaine : celle d’une jeune modiste du nom de Camille, l’épouse disparue, qui surgit comme une apparition et qui va agir comme un charme magique pour Monet. La jeune femme, au pouvoir de séduction puissant, va permettre au peintre de s’extraire de son lit et de saisir ses pinceaux. De sa fenêtre du troisième étage, il peindra à chaque heure du jour la Cathédrale de Rouen, embrumée de rose et de violet, malgré une cataracte sévère qui grignote ses yeux. Ce sont ses toiles qui envahissent progressivement le petit atelier de couture, tandis que les splendides Gymnopédies d’Erik Satie sont égrenées au piano. 

    Un jeu puissant

    Clovis Cornillac endosse le costume élimé de Claude Monnet avec une puissance de jeu impressionnante, épousant tous les degrés du désespoir, de l’abîme et du néant, pour évoluer progressivement vers le goût de la vie, et de l’amour. Son interprétation est lumineuse de noirceur, inspirée et profondément sensible. Son Monet est campé avec une grande sobriété, mais une totale sincérité. À ses côtés et dans une très belle scénographie de Stéphanie Jarre, Maud Becker est le rayon de soleil nécessaire à cette résurrection et Eric Prat le marchand d’art Durand-Ruel qui vient harceler le misérable artiste et tenter de l’extraire, ainsi que lui-même, de la misère. Une pièce qui célèbre la puissance de l’art en tant qu’émotion vivante, et qui raconte aussi la difficulté existentielle de ces artistes géniaux, dont les œuvres sont aujourd’hui mondialement célébrées par tous les musées. 

    Hélène Kuttner

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