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    Didon & Enée… comme un savoureux festin pour les sens

    15 juillet 2009
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    didoneneeaquarium_copyright_sebastianbolesch

     

    Revenant sur l’Opéra de Purcell, cette pièce raconte en danse, en chant et en musique l’histoire d’amour légendaire d’Enée et Didon. Il est donc question de Didon qui a juré qu’elle ne se remarierait plus et qui bien qu’ayant juré, se laisse surprendre au cœur dans la Carthage qu’elle a eu les ressors de fonder. Suite à un festin donné pour accueillir le héros troyen en fuite, elle cède avec un Enée lui aussi éperdu, et lui aussi oubliant la destinée qui lui a déjà été tracée. Trois sorcières interviennent alors comme pour punir et rappeler les amants à leurs devoirs respectifs, et cela fonctionne puisqu’ Enée part ensuite pour l’Italie. Rongée d’un mal d’amour entre impossibilité et culpabilité, Didon finit par mourir.

    Un préambule aquatique dont l’irréelle beauté coupe le souffle vient ouvrir le rideau, et camper une atmosphère toute de merveilleux revêtue. Les danseurs qui plongent un à un dans un aquarium quasi suspendu éclairé sur une scène noir obscur, nous immergent avec eux dans un espace temps qui agit comme l’allégorie de la mythologie. Lorsque l’aquarium libère le plateau, l’épilogue est terminé et l’eau cède la place à un opéra dans lequel tout procède de l’embrasement.

    Chaque rôle est incarné en double, rendu en symbiose par un danseur et un chanteur qui œuvrent pourtant individuellement. Ainsi le geste rencontre un écho permanent dans la voix qui le motive, comme la voix dans le geste. Ne versant pas dans un désir gratuit de multiplication, cette distribution permet de filer l’idée d’une dualité de l’être, d’une dualité située à la source de la tension cornélienne qui implose dans cet opéra.

    Au-delà de performances en solo dont on ne peut que louer la qualité, Didon & Enée aboutit dans son entier et dans l’union, et ce grâce à l’orchestration parfaite de déplacements qui assurent le relais d’une harmonie à petite et grande échelles. Pour une fois, les chanteurs lyriques sont sur la scène, osent, et se fondent impeccablement à la théâtralité d’une scénographie comme à la gestuelle d’une chorégraphie. Théâtralité, érotisme, robes longues, valeur des mains… Ce type de spectacle n’est pas sans avoir hérité d’une Pina Bausch que l’on ne ressent pas si loin, et que l’on se réjouit de revivre un peu à travers la danse d’une autre.

    Si l’on regrette que des sur titrages manquent et empêchent de s’éprouver au récit du mythe à mesure, on comprend que la puissance des images de Sasha Waltz suffit à susciter l’émotion, et aide à s’emparer des grandes lignes de la légende. Oscillant entre tonalités baroque et contemporaine et se maintenant toujours sur le fil délicieux de l’onirisme, Didon & Enée est une chorégraphie époustouflante qui parvient dans une douceur inattendue. Un spectacle qui rend grâce à l’amour et éternise l’inachevé…

    Christine Sanchez

    D’après l’opéra d’Henry Purcell
    Chorégraphie et mise en scène Sasha Waltz
    Adaptation musicale : Attilio Cremonesi
    Direction musicale : Christopher Moulds
    Décors : Thomas Schenk, Sasha Waltz
    Costumes : Christine Birkle
    Lumières : Thilo Reuther
    Dramaturgie : Jochen Sandig, Yoreme Waltz

    Avec Sasha Waltz & Guests • Akademie für Alte Musik Berlin • Vocalconsort Berlin
    Une production Sasha Waltz & Guests et l’Akademie für Alte Musik Berlin, en coproduction avec Staatsoper Unter den Linden Berlin, Grand Théâtre de Luxembourg et Opéra National de Montpellier. Avec le soutien de Hauptstadtkulturfonds

    Nuits de Fourvière (Lyon)

    Les 2, 3 et 4 juillet 2009 à 22h00.

     

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