L’Homme qui se hait – Denis Podalydès – Théâtre National de Chaillot
Better Winch est professeur de philosophie et un libre-penseur. C’est la star de l’UPA : Université ambulante de philosophie, constituée par lui-même et ses deux disciples, personnages soumis et aimants. L’étrange trio fait le tour du monde pour dispenser les théories singulières du professeur, menant une existence répétitive, dirigée par l’égo démesuré de ce penseur fou. L’homme qui se hait est une pièce ambitieuse. Trop ambitieuse. La complexité du texte, sa longueur et sa construction mènent à une performance qui ressemble plus à une conférence à moitié ratée comme il en est question dans la pièce.
Better Winch rencontre un public qu’il juge abruti, débile, qui n’entend rien au monde des idées et des concepts. La mise en abîme est quasi immédiate : nous sommes ce public, aucune connivence n’a le temps de se créer, le discours devient fastidieux ; les comédiens perdent le spectateur dès le premier quart d’heure. Dommage, car quand on découvre vraiment les personnages et le caractère abominable du protagoniste, une vraie histoire se révèle ; leurs relations s’avèrent absurdes, folles, intéressantes à fouiller. Mais tout cela arrive trop tard et la narration ne peut plus fonctionner. Si c’est le choix de l’auteur de reléguer la narration au second plan, favorisant le discours « philosophique », alors il s’est trompé de lieu. Le texte sied très mal au théâtre et rate sa cible.
Légèrement assommé certes, le spectateur est sans cesse réveillé par le jeu d’acteurs formidable qui lui est offert. Clara Noël excelle en groupie dévouée à son maître, étudiante amourachée, moitié-niaise moitié-plus futée que tout le monde. Un jeu de nuances et de justesse rare. Quant au professeur totalement allumé, Gabriel Dufay l’interprète avec beaucoup de plaisir et de talent. Simon Bakhouche, l’assistant, fait preuve lui aussi d’une belle maîtrise du jeu. Un spectacle en demi teinte, dont la direction d’acteurs, menée par Denis Podalydès, est admirable, mais le texte d’Emmanuel Bourdieu bancal sur scène.
Nathalie Troquereau
L’Homme qui se hait
Du 1er au 28 février 2013
Du mardi au vendredi à 20h30
Le samedi à 17h
Théâtre National de Chaillot
1, place du Trocadéro et du 11 Novembre
75116 Paris
theatre-chaillot.fr
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