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Elena Gärtner : “Notre mission à La Filature : rendre le lieu convivial et ouvert à tous”

La Filature © Ramon Ciuret

Dans le cadre d’une semaine thématique intitulée “Comment la culture change le monde” animée par Samuel Valensi, les étudiants de 5e année de l’ICART ont accueilli plusieurs professionnels engagés dans la transition du secteur culturel. Le mercredi 3 février, c’est Elena Gärtner, chargée des relations publiques de la Scène nationale La Filature de Mulhouse, qui est venue présenter son action. À l’origine d’un groupe de travail dédié à l’écologie au sein de l’établissement, elle évoque les changements et les chantiers en cours.

Elena Gärtner

Quelles sont les spécificités des scènes nationales et qu’est-ce qui fait de La Filature un lieu unique ?

Les scènes nationales sont l’émanation de la logique de décentralisation culturelle, une volonté de regrouper les établissements culturels sous un label pour soutenir la création artistique contemporaine. Cela permet à un artiste de pouvoir développer son projet, de le diffuser et de le rendre accessible. Au départ, La Filature a été créée pour accueillir les productions de l’Opéra national du Rhin à Mulhouse. Mais très vite, le projet s’est étoffé autour de l’envie des élus locaux de regrouper différentes structures culturelles au même endroit, comme l’Orchestre Symphonique de Mulhouse, une médiathèque, la Scène nationale justement, avec une programmation de spectacle vivant contemporain, et un espace d’exposition consacré à la photographie.

Au sein de La Filature, quel est votre rôle en tant que chargée des relations publiques ?

Mon cœur de métier c’est de permettre la rencontre entre des œuvres, des artistes et un public. Ce que l’on défend c’est que chacun puisse avoir accès à la culture. Certaines personnes ne franchissent pas les portes d’un théâtre parce qu’elles ne se sentent pas légitimes d’y entrer. Notre mission : rendre le lieu convivial et ouvert à tous. Le théâtre doit aussi être pensé comme un lieu citoyen, où l’on prolonge la réflexion abordée esthétiquement par un artiste en créant des espaces d’échange avec les spectateurs. Cette saison, notre nouveau directeur, Benoît André, avait notamment cette volonté de créer un fil rouge dans la programmation autour des enjeux contemporains qui traversent nos sociétés, en alliant propositions artistiques et table-rondes, pour ouvrir le débat.

Vous faites partie des personnalités impliquées dans un groupe de travail sur
l’empreinte écologique de La Filature. Comment ce groupe est-il né ?

Un certain nombre de collègues étaient engagés à titre personnel sur ces questions d’écologie, ce qui a fait émerger un groupe relativement représentatif des différents postes de travail de La Filature. Petit à petit, on a mis en place des réunions pour voir si des réflexions et actions avaient déjà commencé dans certains services et pour définir nos objectifs.

Quelles actions avez-vous pu mettre en place au sein de la Filature ?

Notre première action était de mettre à disposition un composteur. La deuxième était de mobiliser nos équipes pour venir en vélo au travail. Puis, nous nous sommes rendu compte qu’il nous manquait une vision d’ensemble alors nous avons fait appel à un cabinet spécialisé pour calculer le bilan carbone de La Filature. Pour récolter les données nécessaires, nous avons travaillé avec le responsable du bâtiment pour la consommation de fluides, nous nous sommes tournés vers la responsable comptabilité pour tous les achats de fournitures et l’équipe de relations publiques a travaillé sur la mise en place de questionnaires à destination des publics. C’est un travail collaboratif.

Avez-vous rencontré des difficultés suite au calcul du bilan carbone de la structure ?

Le calcul a montré que la structure avait un impact de 900 tonnes eqCO2 par an, ce qui correspondrait à 105 tours du monde en avion. Les deux secteurs visés sont la consommation énergétique du bâtiment, due notamment à l’isolation, et les déplacements des artistes et des visiteurs.
Pour réaliser le bilan carbone nous avons dû exclure certains critères par manque de données. C’est un peu la limite de ce bilan carbone : il n’est pas aussi complet qu’on pourrait le souhaiter mais cela reste une très bonne base pour réfléchir à l’impact de notre secteur.
Actuellement, La pandémie a mis à l’arrêt la dynamique enclenchée par notre groupe de travail mais nous souhaitons dans les prochains temps présenter ce bilan carbone à l’ensemble de l’équipe pour continuer à sensibiliser nos collègues.

Selon vous, existe-t-il une limite entre l’action culturelle et l’impact environnemental ?

Les actions culturelles à destination des publics font partie de notre raison d’être, l’écologie ne doit pas totalement les remettre en question. Notre travail sur le territoire reste un vrai enjeu de société, créer du lien et rendre accessible la culture. On se doit aussi d’avoir une ouverture culturelle : montrer le maillage territorial artistique, s’ouvrir à l’actualité d’autres pays, présenter des artistes déjà reconnus, mais aussi soutenir les jeunes talents contemporains. Il faut trouver un équilibre entre nos objectifs d’accessibilité et notre volonté de transformer nos pratiques.

On parle d’éco-conditionnalité des aides, avez-vous un soutien politique pour vos démarches ?

Pour l’instant non, mais un réseau des acteurs de la culture est en train de se mettre en place à l’échelle de la région Grand Est pour réfléchir sur ces liens entre culture, climat et impact environnemental. Des choses se mettent en place mais les réflexions restent encore abstraites. Je doute de la capacité des acteurs culturels a complètement déconstruire leurs pratiques d’eux-mêmes.

Avez-vous entendu parler de Réveil Culture, un manifeste écologique réalisé par les étudiants de l’ICART ?

Oui, j’en ai entendu parler grâce à Samuel Valensi et d’autres personnes qui réfléchissent à ces enjeux environnementaux dans les formations universitaires. Je suis ravie d’entendre que la relève est assurée.


Propos recueillis par Estelle Chatelain, Juliette Clémente, Héloïse Termis, Clara Taesch, Victoria Javellaud, Manon Leriche, Juliette Martin-Garcia, Daisy Sous.

Rédigés par Lucy Decronumbourg et Jérémy Razny.

Retrouvez en Replay les tables-rondes du Cycle « Société en chantier » en cliquant ici.

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