Emanuel Gat – Théâtre de la Ville
Ici, ils sont dix. Dix danseurs, d’origines culturelles diverses et variées, qui s’agitent dans un espace vide, selon des règles que nous ne pouvons que deviner. Leur énergie se noue ou se dénoue, s’échange et se réinvente à tout moment. Cette ville qui ne dort jamais et où l’on peine à trouver sa place… Et parfois ils se figent, les corps se courbent et leurs mains se posent sur les yeux et les oreilles. Le bruit de fond d’une ville est une chose. Les sons et les images de violences et de la guerre en sont une autre.
Certes, Emanuel Gat vit et travaille à Istres. Mais in n’en est pas moins Israélien. « Pour créer une pièce, je m’enferme longtemps dans le studio de danse », confie-t-il. Pour se dédouaner du monde extérieur, pour aller vers une abstraction qui apporterait la paix. Mais c’est impossible dans un pays traversé par les tensions et la violence comme Israël, qu’on soit sur place ou qu’on suive l’actualité de loin.
Si les chorégraphes de Tel Aviv aiment, dans leur très grande majorité, le mouvement, l’énergie vitale et le groupe, c’est qu’ils ont connu, dans leur enfance, les danses populaires comme source fondatrice. Dans « Brilliant Corners » aussi, un groupe se forme régulièrement. La communauté continue d’exister – telle une chimère.
Si Gat refuse de faire travailler ses danseurs sur un thème concret, il réfute, avec raison, qu’on puisse parler d’abstraction. Il s’agit de liberté… pour le spectateur. Ceux qui tourbillonnent sur le plateau suivent un système de règles strictes. Prenons pour exemple celle-ci: Chaque danseur en choisit un autre et se tient toujours à la même distance de lui. Le résultat est un organisme vivant, en même temps cohérent et imprévisible. D’où un suspense permanent. Belle preuve de ce que, en danse, l’abstraction n’existe pas. Aussi, Gat aime à souligner: «Dès que deux personnes vont sur un plateau, leur présences et actions racontent quelque chose. Je suis moi-même le premier surpris de toutes ces histoires qui se déroulent entre les danseurs. » Et ici, on le disait, ils sont dix.
Ils sont dix et ils bougent selon des schémas qui leur laissent toute liberté pour exprimer leur être profond, leur culture, leurs envies ou leurs craintes, le tout sur une musique, inspirée de Thelonious Monk, mais composée par le chorégraphe en personne! Voilà qui est rare, mais Gat est un talent multiple. Artiste associé de Montpellier Danse, il y créera quatre nouvelles pièces et une installation photographique, avec ses propres clichés. Mais (re-)voyons d’abord, au Théâtre de la Ville, ces « Brilliant Corners », pièce créée à Montpellier en 2012, qui va ici se présenter dans des habits bien différents, puisque Gat permet à cette création d’évoluer constamment. Ce qui n’est que naturel, puisqu’il s’agit d’un organisme vivant: « Ne sommes-nous pas tous des êtres en perpétuelle transformation? Ma pièce est comme une personne, » sourit-il.
Thomas Hahn
Brilliant Corners
chorégraphie, musique & lumières d’Emanuel Gat
Musique additionnelle : Franz Schubert, Nacht und Träume, d. 827
Du 2 au 6 avril 2013 à 20h30
Plein tarif : 26€ (1ère catégorie) // 20€ (2ème catégorie)
Tarif Jeunes : 15€
Théâtre de la Ville
2, place du Châtelet
75004 Paris
www.theatredelaville-paris.com
[Crédits photo : Agathe Poupeney]
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