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    Endormis sous le ciel, un monologue intense et trouble porté par Thomas Bouvet – La Loge

    9 octobre 2014
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    endormis-sous-le-cielcrditGuillaumeRollinde

    Endormis sous le ciel

    CIE Def Maira / Thomas Bouvet
    Mise en scène, lumière, jeu – Thomas Bouvet
    Texte – Mario Batista

    Du 6 au 17 octobre 2014

    Tarifs : 16 euros tarif plein // 12 euros tarif medium // 10 euros tarif réduit

    La Loge
    77, rue de Charonne
    75011 Paris

    M° Charonne / Bastille / Ledru-Rollin

    www.lalogeparis.fr

    “Allez-y, passez, moi je n’y vois rien” chuchote une spectatrice en bord de rang. Ce lundi, soir de première, un noir profond accompagne le public qui pénètre dans la salle de La loge. Le lieu parisien accueille jusqu’au 17 octobre “Endormis sous le ciel”, un monologue intense et trouble porté par Thomas Bouvet.

    “Une petite fille et un petit garçon, depuis longtemps, se regardent longuement. (…). Leur corps attend le signal. (…) Depuis des heures ils contemplent la mort.” Les premières phrases du texte de Mario Batista jaillissent dans une obscurité profonde. Les ténèbres semblent avoir créé ces mots là – à moins que ce ne soit le contraire.

    “Endormis sous le ciel”, la dernière création de Thomas Bouvet, est née d’une rencontre et d’une fascination: “J’ai découvert la pièce de Mario Batista lors d’une lecture de Stanislas Norday au Théâtre Ouvert”, se souvient le jeune metteur en scène. “C’était hallucinant à entendre. L’écriture, si particulière, crée une parole continue. Le temps est dilaté, la linéarité absente. C’est une écoute qui provoque l’hypnose”.

    Hypnotique: c’est bien la sensation créée par la figure spectrale, désincarnée, que porte Thomas Bouvet. Seuls son visage et ses mains émergent peu à peu du néant. Son corps immobile reste plongé dans le noir, comme pour mieux préserver l’attention sur le texte et la prise de parole, et renforcer du même coup l’immatérialité du personnage. Que sait-on de lui? Peu de choses. Il parle et observe deux enfants, on ne sait où ni quand. Les parois sombres et réfléchissantes qui l’entourent multiplient son pâle reflet, brouillant un peu plus l’espace et nos repères. Est-il humain, existe-t-il seulement? Ce doute qui subsiste, et le trouble qu’il crée, sont l’une des lignes fortes de la mise en scène, qui sait préserver le caractère énigmatique du texte.

    Si c’est un homme c’est La nuit du chasseur, si c’est une femme c’est Médée, indique seulement l’auteur dans une didascalie. Thomas Bouvet ne tranche pas: “Est-ce que tout cela existe? Est-ce qu’il s’agit d’enfants ou d’adultes? Assez volontairement, je ne réponds pas à ces questions, je laisse ouvert, j’aime l’idée que cela reste mystérieux”. De fait, son personnage, vêtu d’une ample cape sombre, semble tenir autant d’une déesse vengeresse que de l’ecclésiaste du film de Charles Laughton.
    Le face à face hiératique avec le public est mené sans trêve, une heure durant. Une frontalité troublante, récurrente dans les créations du metteur en scène, de Phèdre (2008) à John & Mary (2012). “Tout est à vue, je ne peux pas tricher: je sais que le public est là. Cela crée quelque chose de total dans le corps, le regard”, explique-t-il.

    Le malaise émerge parfois, face à la radicalité de la mise en scène et surtout du texte, où la sexualité s’introduit –parfois violemment- dans l’univers de l’enfance. Mais l’intention de Thomas Bouvet n’est pas là: “Ces deux enfants, je les perçois comme les survivants d’une humanité qui s’est détruite. Cette figure les regarde, témoigne de leur présence. Si un désir naît, c’est parce que ces deux êtres sont en capacité de refaire vivre l’humanité. La pédophilie n’a jamais été un axe de travail. Ce qui m’intéresse, ce sont les questionnements très concrets que transmet le texte: l’auto-destruction, le don de vie.”

    Christelle Granja

    [crédit: Guillaume Rollinde]

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