Entre Musset et Lombardo, l’amour derrière la porte
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Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, suivie de derrière la porte De Alfred de Musset et Alberto Lombardo Mise en scène de Alberto Lombardo Avec Guillaume Dollinger et en alternance Héloïse Lacroix, Julie Macqueron ou Aude Lanciaux Jusqu’au 19 mars 2017 Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h30 au Théâtre Douze Réservation en ligne ou par tél. au 01 44 75 60 31 Durée : 1h10 Théâtre Douze Les jeudis à 21h30 et les dimanches à 18h15 à la Comédie Saint Michel |
Quel serait l’auteur, l’écrivain, homme ou femme, qui ne serait pas tenté d’épier, derrière une porte, le dialogue en mots et en gestes qui se poursuit dès lors que la relation amoureuse se transforme en un contrat de mariage ? Alberto Lombardo, un auteur qui n’en finit pas d’ausculter le coeur humain sur la scène, poursuit sa quête aujourd’hui en écrivant une suite à la pièce de Musset «Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. » Les deux jeunes mariés se réveillent de leur lune de miel, qui se transforme plutôt en lune de fiel. Ecriture au scalpel et délicatesse savoureuse du trait, du théâtre qui fait mouche. Le spectacle débute au 19° siècle, et se poursuit en costumes contemporains, dans un lit. Entre les deux, on assiste à l’évolution de la relation amoureuse entre une Marquise encore fraîche, devenue veuve trop tôt, et un Comte qui cherche une âme soeur. Madame reçoit dans son salon, à la lumière d’un feu qui réchauffe l’atmosphère pluvieuse du dehors, et laisse la porte ouverte pour converser. Monsieur pénètre dans son intimité, avec le respect qui se doit à une une femme qu’on connait mal. Froideur et réticence chez la femme, empressement courtois et fougue chez l’homme, qui développe la rhétorique de la cour amoureuse en oubliant quelque peu la patience des chevaliers du Moyen-Age. La belle s’émeut, repousse l’étranger, se cabre, tandis que le bellâtre en costume trépigne d’impatience et de frustration. Musset écorne, dans une langue splendide, les faux semblants de l’amour par un romantisme à l’absolu pessimisme. Et ensuite ? Que se passe-t-il après la longue période de séduction , comment se métamorphose l’alchimie qui rapproche deux êtres et qui va les enjoindre à cohabiter, à vivre jour et nuit dans une promesse d’union pour la vie ? La Marquise et le Comte, par un tour de magie qui a fait voltiger leurs costumes, s’éveillent très peu vêtus. Comme libérés des contraintes sociales du 19° siècle, ils vont se mettre à tour de rôle à l’épreuve, poussant l’autre progressivement dans ses retranchements pour mieux cerner la vérité. Et c’est là l’idée savoureuse d’Alberto Lombardo, qui met aussi en scène les comédiens, d’imaginer une suite et un approfondissement au texte de Musset, avec des dialogues qui se teintent d’une violence, d’une amertume et d’une lucidité propres à notre époque. Les deux comédiens, qui ont l’âge de leurs personnages, sont pleinement engagés dans cette performance, tant la deuxième partie surtout, qui sort du simple badinage, ressemble à un combat d’égos. La vivacité, l’humour, le brio du texte en est la savoureuse matière. C’est d’ailleurs, dans les deux courtes pièces, la femme qui mène la danse, cavalière et amazone à la fois, aiguillonnant son étalon jusqu’à ce qu’il demande grâce, puisse-t-il leur en coûter leur avenir. Avec pour tout décor un nu couché et un sofa en velours rouge dont les coussins font office de météorites, la pièce met à nu le sentiment amoureux dans ce qu’il peut avoir de convenu et de rassurant. Ce que l’on pense vraiment de l’autre, finalement, on ne se le dit que rarement. A l’issue de ce combat sans merci, qui débute par une lune de miel, nos deux tourtereaux vont y perdre des plumes, mais pas leur âme. Comme nous ! Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Alberto Lombardo ] |
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