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Erwan Orain : “C’est toujours l’inconnu, on crée, on essaie, on croit, on espère”

© Laura Cortès

Rencontre avec Erwan Orain, ancien infirmier aujourd’hui devenu comédien. Il aborde ici son enfance, son vécu, sa carrière passée, présente et future. Dans cette interview pleine de vie, on s’intéresse au comédien ainsi qu’à l’homme. 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Erwan Orain. Ascendant lion, je suis né ‪à 8h15‬, je vis à Paris mais je suis 100% pur beurre salé. J’ai fait sept ans de foot (personne n’est parfait), 6 mois d’aïkido, 3 cours de danse classique et pas que… J’ai eu une mention assez bien à mon bac S, et j’ai une sœur qui vit à Houston. Non, ça n’a rien à voir. J’ai salué Jacques Chirac, mais aucun des suivants. J’ai passé ma première étoile et mon permis bateau et je les ai eus. J’ai traîné sur tous les continents, sauf l’Antarctique. Ancien infirmier baroudeur, j’ai sauvé des vies mais j’ai vu partir un mort en mobylette. Non je ne me drogue pas, je le jure. J’aime le bleu, jamais trop longtemps loin de la mer… On parlait de quoi au fait ? Ah oui, le théâtre! En quelques mots… Comédien globe-trotter aux multiples facettes. Ça va, j’ai été synthétique ?

Comment es-tu passé du métier d’infirmier à celui de comédien ? D’où vient cette vocation ?

Je pense que j’ai toujours eu la fibre d’être en représentation, faire le pitre en classe, aux repas de famille, raconter des histoires, vouloir créer. Petit, j’ai passé de nombreux week-ends dans la ferme de mes grands-parents. Pendant la traite, mon grand-père installait des bottes de paille pour faire une sorte de scène, tandis que ma grand-mère me faisait chanter des chansons d’Enrico Macias et Pierre Bachelet, en me faisant croire que mes vocalises avaient une influence sur la qualité du lait. Le théâtre est venu plus tard. Lors d’un séjour au ski ouvert aux écoles d’infirmier.e.s et de kinésithérapeutes, il y avait une sorte d’olympiade avec un match d’impro comme épreuve. Les différentes régions s’y affrontaient et l’Ouest a écrasé le reste de la France, je n’y fus pas pour rien. À ce moment-là, j’ai su que je voulais faire du théâtre. Après avoir exercé dans plusieurs pays en tant qu’infirmier, je me suis posé deux ans à Tahiti où j’ai travaillé en parallèle aux urgences et en psychiatrie. J’ai alors fait du théâtre en amateur dans la troupe d’Anne Tavernier. Nous avons joué 19 représentations du Dîner de cons. Ça a été une révélation. Quand je suis monté sur scène, j’ai chopé le virus. Infirmier et comédien ont un lien évident dans le rapport à l’autre. À l’hôpital, le premier soin reste pour moi le sourire, c’est la première chose que les patients voient. Au théâtre, on le distribue à beaucoup plus de patients d’un coup, c’est une façon de soigner à grande échelle, surtout en ce moment. Enfin, bientôt j’espère.

Tu travailles avec la compagnie Emporte-voix, peux-tu nous en parler ?

L’objet de la compagnie est de promouvoir la langue française et d’amener le théâtre dans des endroits où la culture n’existe pas ou peu, dans des zones reculées en France et des zones périurbaines moins favorisées. On travaille aussi régulièrement à l’étranger. Nous avons joué récemment au lycée Denis Diderot de Nairobi pour faire découvrir en live aux étudiants des textes du répertoire français et former les premières et terminales au Grand oral. Les pièces que l’on joue répondent à trois critères : pédagogiques, ludiques et interactives. Nos spectacles durent une heure et sont liés aux programmes scolaires. Pour ma part, je joue un seul en scène sur une fable de La Fontaine pour les 6e, qui explique la pédagogie mais surtout qu’on ne récite pas une fable, on la joue, on l’interprète. Les élèves sont invités à participer, à répondre à des questions, et montent sur scène à la fin. Il y a une dizaine de pièces, dans un répertoire varié qui va de Molière à Hugo en passant par la mythologie ou Antigone. J’ai joué les fables plus de 350 fois mais je ne m’en lasse jamais, ce public est exigeant et au vu de l’interactivité, c’est toujours différent. C’est d’ailleurs grâce à Emporte-voix et l’opiniâtreté de certains profs et établissements que je suis toujours en activité alors que les théâtres sont fermés.

Tu es actuellement en répétition pour la pièce Coupables, comment ça se passe avec la crise sanitaire ?

C’est une pièce de Jean Teulé, Les Lois de la gravité, qui raconte une garde à vue à propos d’un crime passé et qui a été adaptée par Paul Lilienfeld, dans laquelle j’ai le plaisir de jouer aux côtés d’Anne Richard et Gaëlle Billaut-Danno, sous la direction de Frédéric Fage. On devait jouer pour Avignon l’année dernière mais comme ça ne s’est pas fait, c’est reporté à cette année. La difficulté avec la situation actuelle c’est d’être dans des projets et de ne pas savoir s’ils vont avoir lieu. Cette incertitude est pesante pour tous les corps de métier liés à la culture. Nous avons effectué des lectures devant les professionnels qui ont débouché sur plusieurs pistes mais l’embouteillage des pièces à venir ne facilite pas la chose. En plus des pièces qui étaient à l’affiche, toutes les productions qui ne sont pas sorties l’année dernière devront sortir cette année. Ça devient compliqué de trouver des théâtres susceptibles de t’accueillir. Malgré tout, il faut rester en projet pour proposer, exister, rester vivant. Une résidence au Théâtre de Lunéville est prévue, ce qui permettrait d’amener la création à se faire. Pour l’instant, on s’accroche aux quelques dates qui sont programmées.

En dehors de ton métier de comédien, quelles sont tes activités ?

L’humain et la psychologie me passionnent. Avec Emporte-voix, je faisais de plus en plus de coaching sur la prise de parole mais régulièrement s’imposaient des problématiques bien autres que la respiration, l’articulation, la pose de voix… Je proposais du développement personnel sans que ça en porte le nom. En tant qu’infirmier comme comédien il faut une grande écoute et une grande sensibilité. Ce sont deux activités qui demandent de travailler l’intime pour donner le meilleur de soi, se livrer. Le coaching c’est aussi ça, une introspection pour mieux se comprendre et acquérir une posture et des outils pour guider l’autre vers des réponses, des ressources, des objectifs. Après le confinement, je me suis donc inscrit à une formation que j’ai validée et depuis, je fais du coaching collectif au sein d’Act’émot. C’est une association qui accompagne les personnes dans le développement de leur “intelligence émotionnelle”, notamment auprès des jeunes en réinsertion. On utilise la pédagogie théâtrale mêlée à des outils et la posture du coaching pour les aider à regagner confiance en eux, afin de les préparer entre autres aux entretiens d’embauche. Je fais aussi du coaching individuel pour accompagner aux changements sur des problématiques personnelles diverses. Ce qui en plus de mes formations en Reiki, en énergétique et massage, me permet une approche globale. C’est hyper intéressant parce que ces expériences de vie enrichissent le travail sur le plateau et réciproquement, avec toujours l’humain au centre.

Pour conclure, où pourra-t-on te retrouver à la réouverture des théâtres ?

Je jouais la pièce De quoi je me mêle, écrite par Pascal Rocher et Joseph Gallet, mise en scène par Catherine Marchal et avec une équipe géniale. J’adore l’ambiance au sein de ce projet, ou est assez nombreux car la pièce se jouait depuis plus d’un an, à Paris au Théâtre Edgar et en tournée. Tout ça s’est arrêté mais devrait reprendre. C’est une jolie comédie qui raconte l’histoire d’un couple qui après 10 ans, essaie de retrouver les liens et la flamme des débuts en rejouant leur rencontre. On n’est pas loin du coaching finalement ! Puis normalement reviendra le plaisir des tournées avec ma partenaire Maroussia Henrich dans Chéri, on se dit tout !, produit en tournée par Christophe Segura et qui se jouait à la Comédie Bastille. J’espère jouer rapidement dans la pièce Coupables pour laquelle je répète en ce moment, qui pourrait se jouer au Théâtre de Passy. Avant le confinement, je devais chanter dans le cabaret Bohème, écrit et mis en scène par Dorothée Pierson au sein de “Mondes sauvages” au Bus Palladium, je veux croire que ça pourra se faire.  Et enfin pour les lycées français, je pars normalement au Caire ce mois-ci. Ma pratique du métier est guidée par ces expériences et apprentissages multiples qui font appel à diverses facettes du métier de comédien. J’espère sincèrement que la culture retrouvera rapidement la place qu’elle doit avoir et pouvoir pratiquer mon métier, retrouver les potes, les plateaux et divertir le public car “Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude.” C’est pas de moi, c est d’un pote : Albert Camus. Ça fait toujours classe de finir par une citation, non?

Propos recueillis par Romane Cabrita

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