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Eugène Ionesco, père du théâtre de l’absurde

15 avril 2014
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Eugène Ionesco, père du théâtre de l’absurde


Eugène Ionesco (1909-1994), Académicien, membre du Collège de Pataphysique, révolutionne l’art dramatique. Chef de file du théâtre de l’absurde, son oeuvre qui voit s’effondrer le langage, exprime un sentiment de vide métaphysique.

De père roumain et de mère française, Eugène Ionesco voit le jour en Roumanie en 1909. L’enfant grandit en France dès 1913. Ses talents précoces se révèlent alors qu’il rédige, âgé de onze ans, ses premiers poèmes, un scénario de comédie et un « drame patriotique ». En 1925, suite au divorce de ses parents le jeune homme retourne au bercail avec son père. À l’université de Bucarest, il entame des études de Français. Mais entre les deux hommes règne la discorde et son père déplore son attrait pour les lettres. L’étudiant repart alors vivre avec sa mère également rentrée en Roumanie. Prolifique, il écrit de la poésie, des critiques ou des romans. Il rencontre bientôt Rodica Burileanu qu’il épouse en 1936 et prépare une thèse sur le péché et la mort dans la poésie moderne. L’année 1944 voit la naissance de sa fille.

Après la seconde guerre mondiale Ionesco s’installe définitivement en France dont il obtient la nationalité en 1950. Il travaille alors comme correcteur dans l’édition. Sa première pièce de théâtre, inspirée de la méthode Assimil, La Cantatrice chauve, sous-titrée « anti-pièce » est Jouée au théâtre des Noctambules en 1950. Si cette première création se solde par un échec, elle attire l’attention de critiques, en particulier membres du Collège de Pataphysique.  

Loin de se décourager, Ionesco poursuit de plus belle son activité d’écriture dramatique. Suivent les pièces La Leçon (1950), Les Chaises (1952), Amédée ou comment s’en débarrasser (1953). En 1953, l’auteur accède à la notoriété et commence à vivre de sa plume. Il rejoint le fameux collège de Pataphysique en qualité de Satrape. Après Le Nouveau Locataire (1955) et L’Impromptu de l’Alma (1956), Jean-Louis Barrault, directeur de l’Odéon-Théâtre, s’empare de sa nouvelle pièce Rhinocéros (1959), représentée une première fois à Düsseldorf. Cette dernière création assoit définitivement son autorité d’écrivain. La parodie satirique exprime l’inquiétude de l’artiste face aux idéologies qui minent le climat politique et social européen. 

Paraissent ensuite Le Roi se meurt (1962), pièce inspirée, entre autre, du déclin de la puissance coloniale française puis La Soif et la Faim (1964) ou Macbeth (1972). Ionesco navigue alors entre Paris et Düsseldorf et rédige une série d’articles et de conférences sur le théâtre. Il publie bientôt Notes et contre-notes

L’oeuvre de Ionesco, absurde, recèle une portée métaphysique et se nourrit de grands mythes antiques. L’effondrement du langage caractérise son style. La communication mécanisée perd tout son sens et laisse entrevoir le vide et la solitude extrême qui hantent des personnages réifiés. Satirique, son théâtre met à mort les codes et stéréotypes de la bourgeoise. Si l’univers créé est profondément tragique, le burlesque joue toujours un rôle de contrepoint. Au fil du temps, l’angoisse et le thème de la mort prolifèrent et envahissent son univers.  Le roi se meurt est conçu tel « un essai d’apprentissage de la mort ».

Eugène Ionesco entre à l’Académie française le 22 janvier 1970. Il est l’un des premiers auteurs publiés de leur vivant dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade. Le dramaturge s’essaye au roman ou à l’autobiographie et signe, en 1975,  sa dernière pièce, L’Homme aux valises.

À partir des années 80, la santé de Ionesco se dégrade. Dépressif, il trouve dans la peinture un moyen d’expression thérapeutique. Le 28 mars 1994, l’homme s’éteint à Paris âgé de 84 ans. Unanimement reconnu comme un grand maître, il est considéré aujourd’hui comme l’un des pères du théâtre de l’absurde au même titre que Samuel Beckett et figure parmi les des auteurs les plus joués en France.  La Cantatrice Chauve, représentée chaque soir, depuis près de soixante ans, au Théâtre de la Huchette, constitue tout un symbole.

Bibliographie sélective

La Cantatrice Chauve (1950)
La Leçon (1951)
Les Chaises (1952)
Le Nouveau Locataire (1955)
Tueur sans gages (1959)
Rhinocéros (1959)
Le Roi se Meurt (1962)
Notes et Contre-notes

Citations

« La vérité est dans l’imaginaire. », Notes et contre-notes

« Vouloir être de son temps c’est déjà être dépassé. » Notes et contre-notes

« Il faut écrire pour soi, c’est ainsi que l’on peut arriver aux autres. » Notes et contre-notes

« Le théâtre peut être le lieu où il semble que quelque chose se passe »

« Seul l’éphémère dure »

« Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique »

« Rien n’est grave puisque tout passe. Ou plutôt tout s’éloigne », Le Solitaire

« Où il n’y a pas d’humour, il n’y a pas d’humanité, où il n’y a pas d’humour, il y a le camp de concentration »

« Plonge dans l’étonnement et la stupéfaction sans limites, ainsi tu peux être sans limites, ainsi tu peux être infiniment »

« Un nez qui peut voir en vaut deux qui reniflent.  »

« Si Dieu existe, à quoi bon la littérature ? Si Dieu n’existe pas, alors à quoi bon faire de la littérature ?  »  Le Monde – 29 Novembre 1987

« Les paroles seules comptent. Le reste est bavardage.  »

« Je préfère la vie à la mort, exister à ne pas exister, car je ne suis pas sûr d’être une fois que je n’existerai plus.  »

« L’auteur n’enseigne pas ; il invente.  » Notes et contre-notes 

« Plutôt que le maître d’école, le critique doit être l’élève de l’oeuvre.  » Notes et contre-notes

« Tout vrai créateur est classique.  » Notes et contre-notes

« En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister.  »
Journal en miette

« Je peux croire que tout n’est qu’illusion, vide. Cependant, je n’arrive pas à me convaincre que la douleur n’est pas. »

« Le trop de présence des objets exprime l’absence spirituelle. Le monde me semble tantôt lourd, encombrant, tantôt vide de toute substance, trop léger, évanescent, impondérable. »

« Mon théâtre est très simple […], visuel, primitif, enfantin. »

« Renouveler le langage, c’est renouveler la conception, la vision du monde »

« l’absence de Dieu, l’irréalité du monde, le vide métaphysique. Le thème de la pièce, c’est le rien » 

« Sur un texte burlesque, un jeu dramatique. Sur un texte dramatique, un jeu burlesque » Notes et contrenotes

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