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    Extinction – Théâtre de la Madeleine

    24 mars 2010
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    extinction_theatre_madeleine

    La sobriété de la mise en scène donne le ton : ce sera bien une lecture. Quatre spots braqués sur l’acteur, assis à une table. Derrière, dans l’obscurité, on devine le décor de Maison de poupée, qui se joue après Extinction au Théâtre de la Madeleine. Intermède intime en petit comité (le tarif unique permet de réunir toute la salle dans l’orchestre), cette lecture courte (une heure) saisit le public à bras le corps, l’emmène dans les méandres de la pensée de Franz Josef Murau avant de le laisser repartir, encore abasourdi par la performance à laquelle il vient d’assister, en présence de deux génies.


    D’abord, il y a Thomas Bernhard, ce génie de la littérature. Ses mots sont magnifiques. L’introspection commence avec l’annonce du décès des parents et du frère de Franz Josef dans un accident de voiture. Cet événement, le chercheur à l’université de Rome semble d’abord le traiter avec légèreté : il lui faudra, vocifère-t-il, refaire ses bagages alors qu’il vient de revenir du mariage de sa soeur. C’est en fait le point de départ d’un retour à son village natal, Wolfsegg, qu’il exècre autant qu’il déteste sa famille, complaisante envers les Nazis après l’Anschluss. Usant avec dextérité de la répétition et des descriptions de saynètes enfantines, Bernhard fait une démonstration de littérature : la scène où, petit garçon, Murau se faisait attraper par ses parents parce qu’il osait lire dans la bibliothèque reste inoubliable.


    Pour servir cet immense talent littéraire, Serge Merlin s’impose comme une évidence. Tout de noir vêtu, la voix légèrement tremblante, le regard baissé, les mains accompagnant son mouvement, il vit le texte plus qu’il ne le dit. Tour à tour, il chuchote, il vocifère, des sanglots l’étouffent, il rit presque… Il prononce le lieu maudit, Wolfsegg, en laissant traîner le ‘o’ », comme pour conjurer le mauvais sort, et la salle avec lui frissonne en entendant ce mot répété jusqu’à l’épuisement…


    Surtout, ne pas rater ce formidable moment de théâtre, où la voix du comédien et celle de l’écrivain s’épousent pour ne faire plus qu’un. Entre force et fragilité, Serge Merlin incarne Thomas Bernhard avec la plus grande humilité et la plus belle justesse. Un pur instant de grâce, au croisement de la littérature et du théâtre.


    Audrey Chaix

     


    Lire aussi sur Artistik Rezo, Une maison de poupée au Théâtre de la Madeleine.

     

     


    Extinction – Thomas Bernhard

    Adaptation de Jean Torrent
    Lecture par Serge Merlin
    Réalisation Blandine Masson et Alain Françon
    avec l’aimable autorisation de Peter Fabjan

     

    Prolongation jusqu’à fin mai 2010
    Du mardi au vendredi à 19h00, matinée le dimanche à 18h00
    Réservations : 01 42 65 07 09 ou 0 892 68 36 22 (0.34€ /min)
    www.theatremadeleine.com ou www.fnac.com
    Prix unique 20 euros. (10 € pour les -26 ans sur toutes les représentations)

    Théâtre de la Madeleine
    19 rue de Surène
    75008 Paris
    Métro Madeleine

    www.theatremadeleine.com

     

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