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Fanny Biet : “Je ne suis pas guérisseuse ni thérapeute, mais j’utilise la comédie pour servir à mon échelle”

11 juin 2020
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D.R.

Dorénavant comédienne, auteure mais aussi directrice de la compagnie TousArtsYmut, la pétillante Fanny n’a pas laissé son rêve lui échapper. À l’écoute de son environnement, cette passionnée revient d’Inde chargée d’inspirations et d’énergies.

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Que dire, que dire… Je m’appelle Fanny, j’ai bientôt 45 ans et je n’ai pas toujours été comédienne. J’ai commencé en étant documentaliste juridique dans le milieu financier.
Je me suis beaucoup, beaucoup ennuyée et du coup je me suis reformée sur le tard. C’était le moment ou jamais. J’ai eu la chance de suivre les cours de Michel Galabru à Paris avant qu’il décède, puis une fois arrivée à Bordeaux – après quelques cours de théâtre – j’ai travaillé avec une première compagnie à Cenon au Théâtre Furieux. On a fait du classique comme Huis Clos de Jean-Paul Sartre mais aussi des comédies. Après avoir été embauchée au café-théâtre des Chartrons, je me suis décidée à monter ma propre compagnie, TousArtsYmut, avec un autre comédien ; ça fait trois ans maintenant, on a monté des pièces, on a co-écrit aussi. En particulier une écriture qui évoque une partie de ma vie, que l’on trouve dans la pièce T’en a parlé à ton Père ?. En parallèle, l’Horrible Cie m’a contactée pour la pièce Sac de Fille(s) – Grand déballage public, une comédie sociale qui interroge doucement nos raisons de vivre et de faire en société, et j’en suis très contente.

D’où vient votre passion pour le spectacle vivant et en particulier la comédie ?

Plus jeune, j’ai davantage connu le rapport à la scène par la danse mais j’ai toujours monté des pièces avec des petits groupes de théâtre au collège. On avait notamment écrit une pièce et je me suis rendu compte que j’avais toujours un peu le rôle de souffre-douleur qui faisait rire.
En réalité depuis toute petite, j’ai toujours aimé faire le spectacle, j’ai toujours aimé faire rire. Même mes profs m’ont sensibilisé au théâtre, à Molière par exemple. Donc d’une certaine manière, ça a toujours fait partie de moi.

Est-ce que vous pensez que le théâtre devrait être davantage inclus dans le système d’éducation ?

Oui je pense. Après, je vois avec mes enfants qu’ils y sont sensibilisés quand même. Alors oui, pas autant qu’on le voudrait… Mais niveau pratique, au primaire ils ont quand même été amené à monter un spectacle et là au collège, en plus de l’étude littéraire, ils écrivent une pièce. La prof de français aime le théâtre, ça se sent et ça se voit qu’elle a envie que ce soit intégré. Même ma fille au primaire, elle fait pas mal de sorties culturelles, au Femina par exemple ou au Chaudron. Ils ont aussi eu toute une série vieux films au cinéma de Mérignac où ils ont vu du Charlie Chaplin etc. Après, je pense que ça dépend des écoles ; ils ont cette chance d’avoir des sorties plus axées sur l’art au détriment de voyages sportifs ou à la plage.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

J’aime bien le travail de troupe, cette ambiance d’échange, le fait que ce soit vivant. Ce que je ne supportais plus dans mon boulot, c’était le fait de devoir rester toute la journée derrière un bureau, ce n’est pas dans ma nature en fait.
Donc, en tant que comédienne, il y a ce côté où ce n’est jamais monotone, tu ne t’ennuies pas. Entre le boulot d’écriture, de mise en scène, la conception du décor, les tournages… c’est très créatif, tu touches à tout ! Après oui avec ma compagnie, il y a aussi tous les aspects administratifs, ce n’est pas ce que je préfère mais il faut démarcher, faire les dossiers de diffusion, on a en besoin.
Ce qui me plaît c’est la diversité de ce métier, sans routine et porté par la passion.

Vous avez débuté au cours Galabru, avez-vous une anecdote à partager sur vos cours en compagnie de Michel Galabru ?

Je me rappelle un bon souvenir ; en fait tu préparais tes scènes en amont et tous les lundis, lorsqu’il était présent, il faisait répéter ceux dont les scènes étaient prêtes. Une fois, il me triturait tellement que je suis restée sur scène pendant deux heures ! Il te faisait recommencer, recommencer, jusqu’à ce que ce soit le plus naturel possible. Il nous poussait à bout mais toujours de façon bienveillante, exigeant mais bienveillant. Il disait lui-même, que lorsqu’il était sur un rôle, il parlait tout seul sur son vélo, pour chercher la façon la plus naturelle de dire ses répliques même s’il finissait toujours par exagérer son personnage.

Avez-vous des modèles ou des sources d’inspirations en particulier ?

Lorsque j’écris, je me laisse inspirer par ma vie ou par des causes qui me tiennent à cœur. Ma source d’inspiration c’est mon environnement. C’est plus ce qui m’entoure, qu’une personne en particulier.
Après il y a eu pleins de gens et de styles différents que j’aime bien, comme Fréderic Lenoir qui m’a inspiré ma première pièce ou le théâtre d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri qui a un côté très réaliste. J’aime bien ce genre de pièces comme Cuisine et Dépendances, un genre qui fait ressortir les travers humains. Il y a toujours des sujets de fonds traités. Je respecte chaque style mais je suis moins portée par la comédie juste pour rire, je pense qu’on peut faire passer pleins de message par le rire, de façon moins dramatique et de là, éveiller les consciences sur certains points, faire réfléchir.

Vous êtes récemment partie en Inde, que retenez-vous de cette expérience ?

Il y a beaucoup à dire ; ça m’a permis de me connecter à mon cœur, de m’en rapprocher et de m’aider à trouver ce que j’ai véritablement envie. Je me dis que l’être humain est sur Terre peu de temps et qu’on se prend bien trop la tête, quelquefois pour pas grand-chose, moi la première… J’essaye d’aller à l’encontre de ce modèle parfait, mais c’est comme si on avait été conditionnés depuis l’enfance, d’où ma tendance à être trop carrée.
Donc, j’essaye de défaire ça, d’enlever les couches de formatage. C’est comme peler un oignon. On enlève une couche et derrière, mince, il y en a encore. Jusqu’à ce qu’on retrouve le cœur, ce petit cœur qui vibre comme lorsque tu étais enfant. Je pense c’est ça que j’ai retenu.
Et c’est vrai, quand tu vas dans ses pays, tu vois qu’ils n’ont presque rien mais qu’ils ont toujours la banane, qu’ils sont connectés à leurs ressentis, à leur simplicité, il n’y a pas de faux semblants. Ce n’est pas le pays tout rose non plus, il y a certains problèmes comme les rapports hommes femmes, mais justement c’est un pays qui touche parce qu’il y a énormément de contradictions. On le voit dans les grands villes très modernes : il y a ce côté très connecté en particulier avec les religions présentes en Inde.
Ils ont une autre vision de la vie puisqu’ils ont une autre vision de la mort. Pour eux, la mort comme la naissance ne sont que des passages alors que dans notre philosophie occidentale, ce n’est pas du tout comme ça. Du coup, je pense qu’ils vivent moins en proie avec les peurs.
Leur vision du monde m’a marquée, leur façon de vivre, c’est dans l’instant.

D.R.

À la suite de ce voyage, vous avez décidé d’écrire votre premier seule-en-scène, comment vivez-vous cette nouvelle aventure ?

C’est compliqué d’écrire sur soi-même… Du coup je vais me faire aider par une amie, qui était avec moi en Inde. J’ai fait un premier jet parce qu’en effet, là-bas, je les ai fait rire avec tous mes travers justement !
Alors je me suis dit que j’allais jouer avec toutes ces peurs sur scène et c’est vrai que c’est ça qui me plait. C’est venu assez naturellement dans l’écriture. On va peaufiner et améliorer la perception qu’on a du personnage ainsi que son évolution au cours de ce voyage, pour ne pas être uniquement dans le comique mais aussi percevoir sa sincérité. On espère finir l’écriture cet été, après on va aussi recevoir des regards extérieurs pour la mise en scène, comme celui de Myriam Georges Parisot de l’Horrible Cie. C’est vrai que qu’être seule en scène, ce sera une nouveauté pour moi. C’était un peu un moyen de partager mon parcours initiatique en Inde et de partager ce que j’ai accompli ou ce que je n’ai pas réussi à faire !
C’est venu comme un élan du cœur, comme lorsque j’ai décidé d’entamer ce voyage.

Qu’est-ce qui vous a le plus touché en Inde ?

La différence de culture. Là-bas tu apprends à te connaitre, à sortir de ta zone de confort, à te laisser aller et découvrir ton côté créatif.. Alors que chez nous en Occident, on apprend à avoir un esprit logique, à rentrer dans le moule. J’ai découvert énormément lors de ma retraite spirituelle à l’Ashram d’Amma. Ce guide parcourt le monde entier, s’investit dans des causes dont la protection de l’environnement et la conditions des femmes. Il y a des files d’attente pour recevoir ses “Darshan” (étreintes d’Amour inconditionnel) ! Chacun est le bienvenu pour venir se ressourcer à l’Ashram, c’est très inspirant.
Le voyage joue un rôle important dans le développement tant personnel qu’artistique, ça ouvre l’esprit et ça permet de mieux se connaître.

D’après vous, quelle est la place de l’art dans notre société ?

Je pense que c’est essentiel. Même si dans la société actuelle, on en fait quelque chose de pas sérieux voire de réduit à du divertissement. Il y a beaucoup de messages cachés dans le théâtre, ça invite à s’interroger.
C’est un merveilleux moyen de s’exprimer et de partager. Dans la création, j’ai envie de porter des messages, de sensibiliser. C’est l’expression même de ce qu’on est, je pense qu’on a tous un artiste en nous.
Il y a des gens qui ont de l’or dans les mains, on ne les valorise pas assez. Sans que ce soit forcément la définition officielle de l’art tu as des personnes qui ont un don pour enseigner aux enfants ou pour la cuisine comme tous ceux qui appartiennent aux métiers manuels. Au lieu de valoriser ces personnes, qu’ils s’épanouissent dans leur métier et qu’ils fassent de belles choses, on tire toujours les prix vers le bas et du coup, certaines personnes se retrouvent dans des métiers qu’ils n’aiment pas et ça se remarque dans la production. Il faut revaloriser l’art sous toutes ses formes, il est présent partout dans la société.
Faut réussir à trouver ce qui te plait et ne pas hésitez à changer si tu n’aimes pas ce que tu fais.

Quel est votre rêve ?

Au départ, j’étais complétement perdue. Il faut arriver à retrouver ce qu’il y a au fond de toi et ce que tu as envie de faire. J’étais formatée, j’avais enregistré une certaine norme et je ne me suis pas autorisée. Quand je faisais de la danse plus petite, je n’avais même pas envisagé que je pouvais en faire un métier. Maintenant que je suis dans le spectacle vivant, je réalise mon rêve.
Mais j’espère que la situation va évoluer et que ce sera plus simple de se projeter dans une carrière artistique. Après, mon rêve peut encore changer. Même le monde du théâtre finalement, je le trouve très formaté. Il faut rentrer dans des cases, tel théâtre fait tel type de spectacle du coup si tu ne rentres jamais dans les cases c’est compliqué… En fait, j’ai changé de métier pour me retrouver à nouveau avec le même schéma… et de là je me dis qu’il faudrait s’émanciper de ce cadre. On est toujours en train de demander l’autorisation de jouer, la limite du budget pèse beaucoup sur les projets ; pourtant la création est instinctive et ne peut pas être commandée en fonction de la demande donc du lieu. On m’a déjà dit pour ma première pièce, une comédie douce-amère, “non, non ce genre de pièces ça ne plaît pas. Nous, on calcule le rire à la seconde” alors que souvent le public est réceptif. C’est compliqué, en France la manière de jouer reste très codifiée.
Je ne suis pas guérisseuse ni thérapeute ce n’est pas mon truc, mais j’aimerais me servir de la comédie, pour semer mes petites graines, servir à mon échelle.
Dans les prochains projets, j’espère pouvoir représenter une pièce qui mêle la danse au théâtre : je travaille avec Laëtitia Berninet sur un projet destiné aux enfants, plus axé sur la question de l’écologie.

Pour finir, une pensée à partager ?

Suivez votre cœur, âme-usez vous !

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Propos recueillis par Elise Marchal

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