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« Formosa » : La beauté chorégraphique d’une île

Thomas Hahn 24 mai 2018
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"Formosa" par le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan © LIU Chen-hsiang

Taïwan: La mer, la montagne, les villes et ses peuples, tout ce qui fait la beauté de cette île, est évoqué dans une fresque de danse contemporaine.
A La Villette, le Cloud Gate Dance Theatre réunit douceur asiatique et fulgurances contemporaines, abstraction et imagination. Où les corps de vingt danseurs subliment la calligraphie chinoise.

“Formosa” par le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan © LIU Chen-hsiang

Le Taïwanais Lin Hwai-min est l’une des figures majeures de la danse en ce monde, un maître qui a écrit l’histoire de son île, à travers la danse. Quand il revendique qu’il a contribué à changer sa terre d’origine, il est l’un des rares chorégraphes en mesure de fournir des preuves. Aujourd’hui, « Formosa » est sa dernière grande œuvre, après un demi-siècle de créations. Une pièce d’une beauté graphique époustouflante, dansée avec fougue, engagement et poésie.

Le Théâtre de la Ville et La Villette s’associent pour recevoir à la Grande Halle, au Parc de La Villette, cet ancien écrivain, devenu chorégraphe par déraison, comme il dit lui-même, est également connu pour ses fusions spectaculaires entre les arts visuels et la présence des danseurs. Pour « Formosa », il a demandé à l’artiste visuel Chang Hao-jan une création entièrement composée de caractères de la langue chinoise.

“Formosa” par le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan © LIU Chen-hsiang

Mais l’écriture n’est pas là pour nous livrer un récit. Les caractères migrent, dansent et fusionnent. Ils forment des paysages, des fleuves, des villes, des sphères célestes. C’est abstrait et poétique à la fois, avec un côté Jackson Pollock, selon Lin Hwai-min en personne.

Les danseurs, tous jeunes et en même temps si surs de chaque détail, formés en arts martiaux, en méditation et en ballet classique européen, donnent l’impression d’attendre ces montagnes de lettres, juste pour les soulever à leur guise, de traverser ces fleuves et de se battre pour prendre possession de leurs paysages, comme les Chinois se sont jadis emparés de l’île et se sont disputés les terres entre eux.

“Formosa” par le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan © LIU Chen-hsiang

Taïwan a pourtant ses propres Aborigènes et l’un d’entre eux, Sangpuy Katatepan Mavaliyw, est aujourd’hui le chanteur le plus primé de l’île et en passe de devenir une vedette internationale. Il continue de vivre dans son village, selon les traditions millénaires, et sa voix berce les tableaux de « Formosa ». Lin Hwai-min a choisi le nom historique de Taïwan, a priori un symbole colonial, pour son côté admiratif. On dit qu’il remonte aux exclamations de marins portugais à la découverte de l’île: « Formosa! » – la fameuse, la formidable.

A la chorégraphie de masse des caractères à l’écran et leur sobriété chromatique répondent des costumes couleur pastel qui renvoient aux travailleurs agricoles et aux traditions de l’île. Un tableau rappelant avec grâce le labeur des champs se groupe autour d’une soliste qui transforme son corps en branches, rappelant la luxueuse végétation de Taïwan. Mais il y a aussi des pas de deux de grande douceur et des affrontements guerriers, des jeu de chasse entre homme et femmes à des fins amoureux qui évoquent les relations traditionnels entre les villages taïwanais.

« Ce sont de vrais combats » insiste Lin qui termine sa carrière de chorégraphe sur une vraie fusion entre les cultures chorégraphiques et une belle rencontre musicale entre l’Asie et l’Europe, avec des musiques de Gérard Grisey et du Finlandais Kaija Saariaho. Dans ces créations précédentes, Lin Hwai-min rendait un hommage explicite à la nature. Il n’en démord pas dans « Formosa », mais ajoute un hommage aux traditions des populations taïwanaises et à l’écriture. Ce qui sonne comme un retour à la case de départ pour lui-même, en tirant sa révérence comme directeur de l’une des plus importantes compagnies de danse de la planète.

Thomas Hahn

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