“Foutue Bergerie” de Pierre Guillois : une farce noire au milieu des bottes de foin
©-Martin-Argyroglo
Au Théâtre du Rond-Point, l’auteur et metteur en scène Pierre Guillois a installé ses comédiens, tantôt sous forme humaine, tantôt sous une forme animale, dans un impressionnant décor de bottes de foin qui envahissent le grand plateau. Dans cette campagne où tout est sens-dessus, une fable politico-burlesque, qui torpille tout ce qui vit, vient dérouler des histoires de vies et de morts dans un langage explosif, d’une crudité assumée. Âmes sensibles s’abstenir.
Tous des moutons
On attend tout de Pierre Guillois, heureux créateur de comédies délirantes dont Bigre ou Les Gros patinent bien, co-écrits avec Olivier Martin-Salvan, ce dernier spectacle ayant été récompensé par le Molière du Théâtre Public en 2022 et joué plus de 1200 fois. Une veine comique indéniable, un art de la mise en scène, une ironie plus que caustique et une direction d’acteurs remarquables constituent la recette de créations profondément originales, provocantes et drôles, qui séduisent un public nombreux. Les vrais artistes n’ont peur de rien, et c’est cette audace créative que nous retrouvons dans cette magistrale scénographie, comme si un gros tracteur avait déversé une trentaine de bottes de foins rectangulaires, gros pavés jaunes qui recouvrent la scène en plantant le décor ! Nous sommes dans une ferme au milieu des champs, la grande ville n’est pas très loin, et une grue trône en plein milieu du ciel où est suspendu le corps d’un jeune homme, le jeune fils qui s’est pendu il y a quelques années, campé par Simon Jacquard. Saisissante image d’une campagne française décimée par les morts, dans laquelle le fantôme d’un jeune homme ne cesse de bavasser, évacuant sa rage par une série de gros mots injurieux, réclamant justice.

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Zizis riquiquis
Grâce à l’arrivée d’une jeune journaliste avide de scoop, on apprendra que le jeune fils s’est pendu en raison de la taille ridicule de son sexe, atteint par les pesticides d’une grosse firme chimique. L’autre frère, l’aîné, traîne une autre colère qu’il envoie à ses parents, à sa copine et au monde entier, le regard fiévreux et le poing prêt à en découdre avec toute la société. Pour l’heure, au milieu des bottes de foin, deux moutons conversent avec philosophie du temps qu’il leur reste à vivre, dissertant avec humour sur la lutte des classes entre animaux et hommes. Christiana Reali est épatante en brebis Massachusset, dialoguant avec sa compère la brebis Chloroforme interprétée par Yanis Chikhaoui. Méfiants et égoïstes comme les humains, ces Caprinés sont à peine dérangés par le coït très sonore du grand fils, chevauchant au milieu des bottes de foin voisines sa dulcinée Chloé, pas plus discrète, en nous montrant ses belles fesses rebondies. Kevin Perrot, présence fiévreuse, incendiaire, est remarquable face à Mathilde Le Borgne qui joue Chloé. Quant au père de famille, campé par l’excellent Marc Bodnar, il est train de tailler ses haies et de protéger son exploitation, le corps entièrement nu pour travailler dans une ambiance naturiste. Il s’habille simplement pour recevoir la journaliste, venue enquêter sur le drame familial, et pour échanger avec Jamel, le jeune ouvrier maghrébin qui lui propose bizarrement son aide.

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Drame familial
Enfermée dans sa chambre, la femme de l’agriculteur rumine la perte de son fils, dépressive et malade, dialoguant seulement avec le fantôme de ce dernier. Cristiana Reali, délaissant pour un moment sa fourrure de brebis bavarde, campe avec tendresse cette femme au bord du vide, rongée par le chagrin. Mais soudain la bergerie est attaquée par un nouvel ennemi, les pittbulls de certains propriétaires qui viennent dévorer les moutons en pleines fêtes de l’Aïd. Des policiers corrompus laissent ce genre de faits divers se multiplier, tandis que la journaliste a les dents trop longues et pas assez de preuves pour enquêter sur l’affaire des pesticides. On l’aura compris, cette tragi-comédie rurale dresse un tableau tailladé par la médiocrité humaine, avec des gros poissons dévorant de plus en plus les petits, et des lotissements urbains venant grignoter les parcelles de terre cultivable. Mais malgré les efforts des comédiens survoltés, des chansons rock de la pétillante Anna Fournier et des plaisanteries grivoises et souvent vulgaires, le spectacle peine à vraiment décoller, à faire rire et à émouvoir, comme nous devrions l’être face à ces problématiques humaines qui nous concernent tous.
Hélène Kuttner
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