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    I am Europe : des corps au cœur de l’Europe

    Hélène Kuttner 22 septembre 2019
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    © Jean-Louis Fernandez

    Du Théâtre National de Strasbourg où il a été créé, le spectacle de Falk Richter débarque à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Berthier. Huit comédiens performers pour une production soutenue par 9 pays européens, qui parlent plusieurs langues, prennent la scène à bras-le-corps et le cœur. Éblouissant de vitalité, d’humour et de questions posées à notre mère Europe.

    Que reste-t-il de l’Europe ?

    © Jean-Louis Fernandez

    Cinq ans que Falk Richter et son dramaturge Nils Haarmann questionnent et labourent les chemins morcelés, complexes et tortueux du continent européen. Cinq ans qu’ils ont débuté un travail incessant de rencontres, d’improvisations et de répétitions avec un groupe de jeunes artistes européens de 20 à 30 ans, qui vivent en Europe, croient en elle, tout en multipliant des expériences politiques, sociales, identitaires et sexuelles. “C’est qui, c’est quoi au juste l’Europe ?” demande Lana Baric, sculpturale jeune mère de famille aux yeux transparents, dont les origines serbo-croates ont ensanglanté la jeunesse et qui a dû fuir les exactions et les déchirures ethniques de l’ex-Yougoslavie. Dans le spectacle, la blonde Lana est vêtue comme une mère courage, la nôtre, celle à qui tous demandent des comptes dans sa longue robe de soie.

    Une Europe qui se fragmente

    © Jean-Louis Fernandez

    Aujourd’hui, où les nationalismes et le repli sur soi se font concurrence, où le Royaume-Uni menace de claquer la porte de l’Union européenne, alors que la Hongrie dresse des barbelés pour fortifier ses frontières, que le fanatisme religieux de tout bord refait surface, entraînant terrorisme et exclusion, la troupe de jeunes acteurs a voyagé, s’est réduite et enrichie, confrontant ses expériences diverses de Venise à Berlin, de Madrid à Paris, en passant par Tel Aviv. Tous se sont trouvés, se sont révélés par le théâtre, et ce qu’ils nous livrent est d’une intense générosité et d’une énergie éblouissante, qui passe énormément par le travail du corps, la danse, break ou rap, slam ou disco, à travers une chorégraphie galvanisante et entraînante, de Bella ciao au Chant des partisans. Charline et Mehdi, qui ont grandi dans des cités, revendiquent une prise de parole libérée, souvent revendicatrice. Mehdi se marie bientôt et s’est converti au catholicisme, adore le saucisson, alors que sa famille respecte le Coran. 

    Un festival de corps en transe

    © Jean-Louis Fernandez

    Des cubes tout mous pour figurer une Europe en déséquilibre, sur lesquels les personnages basculent et se percutent, une multitude d’écrans qui nous balancent des images à un rythme infernal, charriant une actualité souvent dramatique : les migrants refoulés et parqués, les Gilets Jaunes à Paris qui brûle, les Algériens jetés dans la Seine en 1961… Tout est bon, même si c’est parfois discutable, pour parler d’Europe quand l’humanité et la tolérance sont mises en cause. Et le spectacle, formidable harangue universelle, ne cesse de questionner cette idée de liberté, de tolérance et de fraternité, issues de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, reprise par l’ONU en 1946. Gabriel, dont les parents portugais ont émigré en France, a grandi en Savoie, mais aujourd’hui ne cesse de bouger et cherche son équilibre dans une union à trois, avec Tatjana Pessoa, polyglotte et spécialiste des spectacles transfrontaliers, et Luca son amoureux italien. Khadija, elle, a grandi à Amsterdam, vit à Rotterdam et crée des spectacles sur l’exil, quand Douglas, Blanc et riche au contraire, issu d’une famille belge, se passionne pour le phénomène des monnaies complémentaires qui peuvent nous libérer de la monnaie unique. Quant à Piersten, c’est l’électron libre, souple et fort comme du caoutchouc, qui partage tout et propulse son corps androgyne dans des figures hallucinantes, en terre et ciel. Une production puissante, forte en émotions, qui a le mérite de partager les questions, les doutes qui nous traversent tous.

    Hélène Kuttner

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