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Insoutenables longues étreintes, quête de sens à La Colline

Emilie Darlier-Bournat 24 janvier 2019
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L’auteur russe Ivan Viripaev croise les destins de quatre trentenaires et c’est Galin Stoev qui les met en scène. Dramaturgie spécifique qui casse les codes du dialogue, jeu simple et franc dans un rapport frontal avec le public, l’ensemble est soutenu – ou étreint – par une belle scénographie sobre et juste.

A travers ces personnages qui viennent d’Europe de l’Est, Ivan Viripaev cherche à donner la parole à ceux qui font tout pour mener une vie heureuse mais se cognent à la perte du sens. Le sujet n’a rien de nouveau au premier abord mais il est traité en frottant constamment le prosaïsme du quotidien à la réalité des questions existentielles. La mort et la question de l’absolu sont convoquées par les événements et les faits ordinaires qui jalonnent les quatre parcours de ces jeunes mal dans leur peau. Les deux hommes et les deux femmes dont il s’agit sont sombres. Ils se heurtent aux difficultés du mariage, aux relations amoureuses, aux impasses du sexe, au désir ou non d’enfant. Ils s’aiment puis s’éloignent en faisant des voyages de Berlin à New-York, mais les lieux n’inversent pas la courbe dramatique. Cependant, malgré leurs insatisfactions et leurs peines, ils se battent pour trouver un éclairage à leur vie et ils espèrent un monde meilleur, un possible, un idéal peut-être. Et quoique blessés, les uns et les autres ne cessent d’entendre leur rêve intime, la petite voix intérieure qui tente de les propulser au diapason du cosmos. Lorsque cette part onirique s’exprime, il est alors question de « se connecter à l’univers » et de « sentir l’impulsion vitale ». La voix du cosmos, qui pourrait s’appeler « énergie » selon l’auteur, les interpelle et les emmène dans un voyage initiatique.

© François Passerini

Ce discours, telle une expérience de libération spirituelle, s’insère constamment dans la trivialité des personnages. Les spectateurs, s’ils adhèrent à la proposition, pourront y entendre un cheminement multidimensionnel. Ils peuvent aussi en sourire, l’humour étant une donnée de la pièce. Ces envolées frôlent parfois les messes New Age et l’auteur lui-même autorise un recul, qualifiant sa pièce de « comédie dramatique ». Il n’en demeure pas moins que le public pourra par ailleurs s’étonner puis se laisser absorber par le mode de dialogue qui traverse la pièce de bout en bout. Les personnages en effet n’emploient jamais le « je » pour parler d’eux-mêmes mais le pronom personnel de la troisième personne. Ils narrent leur vécu et leurs sensations par Il ou Elle et le metteur en scène, que l’on connait déjà en France pour ses spectacles à la Comédie Française, précise concernant cette particularité : « L’acteur ne doit pas jouer le personnage, mais du personnage, de la même façon qu’un musicien joue de son instrument. L’acteur doit entrer en relation avec le personnage, pour faire entendre un thème ».

Emilie Darlier-Bournat

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