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    Isabelle Huppert, diamant brut dans “La Ménagerie de verre” à l’Odéon

    Hélène Kuttner 8 mars 2020
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    © Jan Versweyveld

    Le grand metteur en scène flamand Ivo von Hove s’empare du chef-d’œuvre autobiographique de Tennessee Williams et offre à Isabelle Huppert le rôle d’Amanda, aux côtés de trois jeunes comédiens. Elle y est éblouissante de vérité et de maîtrise dans une mise en scène d’une grande intelligence.

    Fantômes fragiles d’une mémoire brûlante

    © Jan Versweyveld

    “La scène est la mémoire” dit le narrateur de cette pièce, qui est en même temps le jeune garçon qui finit par s’en arracher. Tom, qu’incarne Nahuel Pérez Biscayart (la révélation de 120 battements par minute de Robin Campillo), est le fils d’Amanda qui élève seule ses deux enfants, dont sa sœur Laura. Tom travaille dans une usine de chaussures et passe ses soirées au cinéma pour s’étourdir, avant de passer une partie de ses nuits à écrire. Laura est d’une timidité maladive et s’enferme dans son monde intérieur et sa ménagerie de petits animaux en verre. Quant à Amanda, élevée dans le sud de l’Amérique avec domestiques et bonne société catholique, elle rêve d’un avenir pour ses deux enfants, abandonnés par leur père, en tentant difficilement de maintenir à flot une maisonnée menacée par la pauvreté et la crise économique des années 1930. 

    Une mise en scène sur le fil du rasoir

    © Jan Versweyveld

    Comme toujours chez Ivo von Hove, comme il l’a prouvé dans Vu du pont dans ce même théâtre ou Les Damnés à la Comédie-Française, la mise en scène est sur le fil d’un rasoir aiguisé qui cisèle un jeu d’acteur exigeant, follement engagé. Amanda, c’est Isabelle Huppert, princesse du Mississippi dans sa robe de mousseline à petites fleurs, fragile et d’une incroyable résistance, d’une vérité incroyable, tour à tour munie d’un couteau de cuisine pour dépecer la volaille qu’elle plonge dans une marmite, puis s’affolant dans son dressing pour exhiber sa robe de fiançailles, omniprésente sur scène et variant ses humeurs à la mesure d’un rôle magnifique, dans une incarnation sensible et forte qui ne cède jamais à la caricature ridicule. Remarquable elle aussi, la jeune Justine Bachelet qui interprète Laura donne à ce personnage une humanité, une grâce particulière, tout en simplicité et en gravité. Tel un animal blessé, terrorisé et pris au piège, la comédienne se révèle lumineuse dans sa rencontre avec Jim, Cyril Guei, le beau galant qu’on lui destine mais qui est malheureusement déjà réservé. 

    Un décor en forme de terrier

    © Jan Versweyveld

    La scénographie et les lumières de Jan Versweyveld sculptent un univers sous-terrain entièrement fauve, sans meubles, étouffant, juste troué dans le plafond, et dont les murs tatoués figurent des dizaines de visages inquiétants. Seul l’escalier qui mène au rez-de-chaussée apparaît comme une échappée d’air libre, dont Tom, le fils révolté joué par Nahuel Pérez Biscayart, abusera en grillant des cigarettes. L’escalier est aussi le lieu du conflit avec Amanda, celui où cette dernière se retrouvera battue et laissée presque évanouie, alors que le terrier enferme les êtres et les isole du reste du monde. C’est aussi le lieu de la folie, ou du refus du réel, écho de la fragilité psychiatrique de la sœur de l’auteur. Le choix musical, qui va de Miles Davis à Charles Trenet, en passant par L’Aigle noir de Barbara, rythme les intermèdes et nourrit une atmosphère languide et sensuelle que les personnages viennent briser de leur révolte et de leur souffrance, mais aussi de leur humour, assis sur le rebord de l’immense scène. Organique et subtile, cette création en français rend un immense hommage au grand écrivain américain Tennessee Williams et à la puissance humaine de son théâtre.

    Hélène Kuttner

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