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    Jacques Weber magnifique dans “L’Avare”

    19 octobre 2015
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    VIC15030642 copie

    L’Avare

    De Molière

    Mise en scène de Jean-Louis Martinelli 

    Avec Jacques Weber, Alban Guyon, Marion Harlez Citti, Rémi Bichet, Christine Citti, Jacques Verzier ou Gilles Vajou, Sophie Rodrigues, Vincent Debost, Aziz Kabouche et Paul Minthe

    Jusqu’au 2 janvier 2016

    Du mardi au samedi à 20h
    Le dimanche à 14h30

    Tarifs : de 12 à 38 €

    Réservation en ligne
    ou au 01 48 87 52 55

    Durée : 2h20

    Théâtre Déjazet
    41, bd du Temple
    75003 Paris

    M° République
    (lignes 3, 5, 8, 9 et 11)

    www.dejazet.com

    VIC15030642 copie copieJusqu’au 2 janvier 2016

    Le grand comédien endosse le rôle d’un avare pathétique et pathologique, plus amoureux de son argent que de ses enfants. La mise en scène sobre de Jean-Louis Martinelli donne un courant d’air frais à la comédie de Molière avec une bande de jeunes acteurs épatants. Un régal.

    Un rôle taillé à sa mesure

    Avouons-le, on adore Jacques Weber pour sa carrure de grand acteur et sa capacité naturelle, doublée d’une technique savante, à endosser les monstres sacrés du répertoire théâtral. Cyrano de Bergerac en était un, l’Avare un autre, avec un aspect beaucoup moins sympathique. Car le personnage mythique de Molière n’aime que son argent et rien d’autre. Sa femme est morte et il projette, à 60 ans, de se remarier avec une jeune fille pauvre âgée de 20 ans qui n’aurait aucun besoin. Cette dernière est celle qui charme son fils, obligé de jouer à des jeux d’argent pour pouvoir survivre quand son père ne donne rien. Sa fille, brimée elle aussi, voit son amoureux en cachette alors que Harpagon, son père, l’a promise au seigneur Anselme qui n’a que 50 ans ! L’intrigue de L’Avare, en prose, présente une succession de scènes où l’avarice et l’égoïsme d’un vieil homme se heurtent à la moquerie ou au désespoir de ceux qui l’entourent, mais cet excès d’attention pathologique vis-à-vis de l’argent déclenche des salves de rire que l’auteur déclenche avec quiproquos et absurdités.

    VIC15100501Une mise en scène lumineuse

    On a coutume de représenter l’Avare comme un personnage sombre et râleur. Dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli, qui joue au contraire sur des lumières dorées (Jean-Marc Skatchko) et solaires dans un décor de bois blond avec persiennes, dénudé, Jacques Weber est un Harpagon très humain, très juste. Sa simplicité est tout autant sa limite : il souffle et tempête avec bonhomie dans son unique fauteuil, autour duquel tout le monde circule avec légèreté et malice. Rémi Bichet (Valère) et Sophie Rodrigues (Élise) jouent avec spontanéité des amoureux d’aujourd’hui porteurs d’une langue fleurie mais dépourvus de toute naïveté. C’est au contraire leur maturité et leur sérieux, comme chez Cléante (formidable Alban Guyon), qui donnent à ces jeunes premiers la sincérité et la noblesse de cœur qui font tant défaut à Harpagon. Alerte, chorégraphique par moments, le spectacle nous fait redécouvrir les très belles scènes entre Marianne et Frosine l’entremetteuse, mettant en valeur l’arrivée de La Flèche comme un Arsène Lupin gouailleur et chanteur d’opéra. Pas un personnage, dans ce bel espace clair, qui ne défende sa parole de manière posée et convaincante.  

    VIC15030649 copieWeber royal

    Jacques Weber aborde lui aussi le rôle avec une simplicité exemplaire, ce qui nous donne toute latitude pour savourer ce texte extraordinaire sur l’enfermement d’un homme monomaniaque et autiste, dont la folie égarée fait le jouet de tous les ragots. Comme les autres comédiens dirigés par Martinelli, sa sincérité et son engagement dramatique, au-delà de l’effet comique, provoquent une émotion palpable. Ce père autoritaire et obtus, cette jeune fille assoiffée d’indépendance et de liberté, ce fils muselé qui est obligé d’emprunter pour survivre, cette entremetteuse qui tricote des affaires pour rembourser ses procès, ce sont tous les personnages de Molière et de notre monde, oubliés du pouvoir ou soumis par la hiérarchie ou l’égoïsme des nantis qui se croient seuls au monde. Et que le théâtre caresse à rebrousse-poil.

    Hélène Kuttner

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    [Photos © Pascal Victor / ArtcomArt]

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